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Comédie ou tragédie ?

Le Parlement Catalan vote son indépendance le 27 octobre 2017 - Politique Magazine

Après la fuite de Carles Puigdemont en Belgique, il ne faut pas s’imaginer que tout est fini. Ne nous moquons pas trop et trop vite de M. Puigdemont.

Certes, jusqu’à maintenant on ne peut pas dire qu’il ait donné de lui une image très avantageuse. Certains ont même souligné le côté minable et ridicule du personnage. Pour M. Zemmour, « Puigdemont rappellera aux amoureux de l’histoire de France le destin tragi-comique du général Boulanger » (RTL, jeudi 2). Mais l’avenir seul dira si sa longue marche vers l’indépendance aura été un fiasco. En effet, tout cela pourrait encore mal finir. Dès 2006, le nouveau statut d’autonomie, concocté et approuvé unilatéralement par le « Parlament de Catalunya », constituait une véritable injure à l’Espagne. La censure partielle du Tribunal Constitutionnel en 2010 a constitué une réponse légaliste, laquelle n’aura servi qu’à attiser le feu indépendantiste. M. Rajoy ferait donc bien de ne pas pécher par excès de confiance.

Des élections douteuses

L’organisation d’élections régionales en Catalogne répond sans doute à une logique institutionnelle (la tutelle de Madrid n’ayant pas vocation à s’éterniser) mais en les convoquant pour le 21 décembre, et en se plaçant ainsi dans le rôle de celui qui identifie la défense de l’intégrité espagnole à l’application sourcilleuse de mesures dictées par la loi, le chef du gouvernement rabaisse le débat de fond sur la nature même de l’Espagne au niveau purement comptable d’une consultation électorale. Il prend ainsi le risque – qui existe, au vu du rapport de forces actuel – d’être désavoué. Rien ne serait pire qu’un score avoisinant, voire dépassant, les 50% pour les indépendantistes qui, rappelons-le, disposaient de 72 sièges (majorité absolue) dans l’assemblée sortante pour 47,8% des voix. L’Espagne a certes une constitution qui ne reconnaît pas à une de ses communautés autonomes le droit au séparatisme, elle se vit malheureusement aussi comme une démocratie exemplaire, même couronnée. M. Guetta (France Inter, mercredi 1) peut dire : «  Indépendance ou pas, ce sont ainsi les électeurs qui auront à trancher […] Majoritaire à plus de 50% des suffrages exprimés, on voit mal comment l’indépendance ne deviendrait pas réalité. »

Les indépendantistes ont de toutes façons plus à gagner qu’à perdre dans ces élections car, même battus, ils maintiendront leur revendication, soutenus qu’ils sont par une bonne partie de la jeunesse, littéralement enragée et dévoyée par un enseignement qui, depuis le statut de 1979, trahissant délibérément l’esprit même de ce statut, a fait de la langue catalane une arme de guerre contre Madrid en marginalisant la langue espagnole, langue de l’ensemble du pays. Les séparatistes catalans, pour reprendre les propos de M. Carderera, ambassadeur d’Espagne (France Inter, jeudi 2), « identifient la Catalogne avec eux-mêmes », allant jusqu’à dénier le droit aux Catalans qui ne votent pas comme eux de se dire catalans (propos explicitement tenus par l’ex-président du Parlement, Mme Forcadell). Le fanatisme anti-espagnol de certains n’a, on le voit, aucune limite.

L’Espagne ne se remet pas en cause

Il conviendrait donc de relativiser la portée du scrutin de décembre en rappelant qu’il ne s’agit nullement d’élections destinées à (in)valider l’indépendance de la Communauté autonome de Catalogne, leur seul enjeu étant la composition d’un nouveau « parlament » en charge de la gestion et de la gouvernance d’une région autonome, rien de plus : le futur parlement catalan, quelle que soit sa composition, n’a pas vocation à s’ériger en assemblée « nationale », ses prérogatives étant déjà très étendues par ailleurs, puisque seules lui échappent la défense, la diplomatie et la fiscalité. On attend donc ensuite de Felipe VI, chef d’État du royaume d’Espagne, symbole et garant de l’unité et de la pérennité dudit royaume, commandant suprême des Forces armées, qu’il déclare solennellement qu’aucune élection et qu’aucun référendum, même démocratiques, ne sauraient exclure la Catalogne de la communauté de destin qu’elle forme irrévocablement avec les autres composantes de la nation espagnole, telle que l’Histoire l’a façonnée et laissée en héritage.

Là est la légitimité. Et ceux qui, au mépris des réalités, imaginent, fantasment même, une République catalane, sont des apprentis-sorciers dangereux, prêts à toutes les impostures et toutes les tragédies.

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Auteur de l'article : Louis-Joseph Delanglade

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