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Jean-Frédéric Poisson :  » Le rétablissement de l’Etat est impératif « 

Député de la 10e circonscription des Yvelines, le président du Parti Chrétien-Démocrate (PCD) est le plus méconnu des candidats de la primaire de la droite et du centre. Rencontre avec un responsable politique qui s’est fait un nom lors du premier débat télévisé entre candidats, le 13 octobre dernier.

Les primaires permettent à une sensibilité comme la vôtre de s’exprimer devant un large public. En même temps, et vous le dites vous-même, elles sont un pas supplémentaire vers une américanisation de la vie politique française très éloignée de sa tradition. Comment vous situez-vous face à cette contradiction ?

En introduisant un débat permanent sur le projet des candidats, le système des primaires percute indéniablement l’architecture de nos institutions. Nous avons cédé à un effet de mode, peu réfléchi en réalité, car, aux États-Unis, la présidentielle se joue en un seul tour de scrutin et les primaires des Républicains et des Démocrates sont, en quelque sorte, le premier tour de notre élection présidentielle. Ce n’est pas du tout la même perspective. Mais si ce système s’est imposé en France, c’est aussi parce que nous manquons de personnalités et de projets politiques rassembleurs. Et nous n’avons encore rien vu.

Imaginez le président de la République en exercice débattre devant des millions de téléspectateurs avec des concurrents qui, hier encore, étaient ses ministres. Quel affaiblissement de la fonction terrible pour les institutions… Au Parti Chrétien-Démocrate nous avons hésité. Nous ne sommes pas affiliés aux Républicains. La convention qui nous liait n’a pas été renouvelée même si nous restons alliés, notamment dans un certain nombre d’élections locales. Nous avons finalement décidé de participer à la primaire car la situation du pays est suffisamment critique pour ne pas risquer de faire perdre la droite. J’ai en effet la ferme conviction qu’elle seule est en mesure de mettre en œuvre pacifiquement les réformes qui s’imposent et je ne voulais pas être, pour mon camp, le Chevènement de 2002.

Sur l’échiquier politique, votre souverainisme ne vous range-t-il pas plus du côté du Front national avec lequel vous avez d’ailleurs appelé à « jeter des ponts » ?

J’ai des points d’accords avec le FN mais aussi des désaccords profonds : sur la préférence nationale – car je crois au mérite personnel -, sur la peine de mort – car je refuse l’idée qu’un homme puisse retirer la vie à un autre homme -, sur la conception de la laïcité – la mienne est beaucoup moins agressive -, sur l’Europe et sur l’économie – je défends, sur ces questions, des conceptions plus ouvertes. Ce sont des désaccords idéologiques dont on doit discuter et débattre. Cette idée est-elle bonne ou mauvaise pour le bien commun ? En politique, c’est la seule question qui vaille. Les condamnations morales a priori, les pseudos «  cordons sanitaires », sont parfaitement ridicules et même contre-productifs.

Mais quels sont les points communs entre Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Frédéric Poisson ?

Il y en a au moins un, essentiel. Nous partageons la même volonté de prendre en compte l’évolution des sociétés en la situant sur le plan politique. Comme NKM, je constate que les technologies révolutionnent le monde industriel et économique et engendrent un nouveau système de valeurs. Elle en tire la conclusion que la responsabilité du politique est d’accompagner cette évolution et même, éventuellement, de l’encourager. C’est là où nous divergeons. Je pense quant à moi que cette évolution va dans le sens d’une atomisation de la société qui aboutit à la domination toujours plus importante de la logique de marché sur toutes les autres logiques sociales. Je plaide donc pour un réenracinement des peuples et des personnes afin de résister à la dilution des communautés naturelles qui isole et fragilise les individus.

Est-ce la raison pour laquelle, dans les 12 réformes-cadres de votre projet présidentiel, figure en première place « protéger la famille et la valeur de la vie humaine » ?

La nation est une famille de familles. La première responsabilité du politique – qui a en charge les destinées de la nation – est de créer les conditions de son épanouissement et de lui donner la place prééminente qu’elle doit avoir dans la société. Mettre en place une véritable écologie de la famille m’apparaît donc indispensable : la politique du logement, du transport, la fiscalité et jusqu’au traitement des déchets doivent être envisagés en tenant compte de cette priorité.

Vous proposez une refonte du ministère de la Famille ?

Pour les raisons que je viens d’exposer, je plaide en effet pour un grand ministère de la Famille, un ministère d’État, haut placé dans la hiérarchie gouvernementale. Si la famille est un sujet transversal, le ministre dédié doit avoir un droit de regard sur les actions menées par ses collègues du gouvernement.

À ce propos quel bilan faites-vous de la Manif pour tous dont vous êtes, comme homme politique, une des figures de proue ?

Vous connaissez ma passion pour le rugby. En tant que pilier gauche du quinze parlementaire, je dirai que l’essai a été aplati mais qu’il n’a pas été transformé. Grâce à la mobilisation, toute une France a acquis une certaine forme de conscience politique. Des gens, qui, sans doute, ne s’étaient jamais posé la question, ont compris qu’en se mobilisant, il était possible d’engager un débat public et de créer un rapport de force en manifestant une volonté collective. En revanche, peu des participants ont compris que le prolongement naturel de la mobilisation était d’investir massivement les partis politiques qui, malgré tous leurs défauts, demeurent le seul moyen d’expression des opinions publiques dans le cadre institutionnel français. Il y a eu Sans commun. Mais la moitié de ses adhérents était déjà encarté dans un parti. Cela ne constitue pas, à proprement parler, un renouvellement de l’engagement militant.

D’autant plus qu’après leur soutien à François Fillon, on peut se poser des questions sur l’efficacité de leur stratégie d’entrisme…

Sens Commun a eu une première déconvenue avec Nicolas Sarkozy. J’ai beaucoup de respect pour eux, mais il était naïf de croire à une quelconque forme d’engagement de sa part quand il a prononcé le mot « abrogation ». En fait, si certains ont voulu l’entendre comme l’affirmation d’une conviction, c’est qu’il justifiait a postériori leur stratégie politique qui est d’avoir les deux pieds chez les Républicains. Comment faire pression et rester soi-même tout en respectant les structures du parti et les grandes orientations de ses dirigeants ? Je sais par expérience que la position n’est pas facile à tenir.

En choisissant de soutenir François Fillon, Sens commun commet cependant une erreur d’appréhension tactique et confond le premier tour des primaires avec le second tour de l’élection présidentielle. La primaire permet d’exprimer des convictions, de faire valoir le choix de société qu’on veut pour la France, ce que je fais au nom du PCD. Il y a une différence de degré avec l’élection présidentielle qui, elle, suppose un choix de conciliation par nécessité. Sens commun évacue l’expression de la conviction. C’est dommage. La recomposition de la droite que beaucoup attendent – et dont il est encore trop tôt pour savoir quelle forme elle prendra – doit être transfrontalière, précisément parce que sa raison d’être sera de mettre la conviction avant la conciliation.

Pour terminer, quelles sont les principales mesures que le président élu en 2017 devra, ou devrait prendre ?

La France est le produit d’une histoire singulière. C’est ainsi : elle n’est prospère que quand son état est solide et fort. Or, le moins que l’on puisse dire aujourd’hui, c’est que l’état est en crise. Sur quantité de sujets, il ne remplit plus son rôle et, en même temps, il a pris en main des aspects dont il ne devrait pas s’occuper, en particulier au travers de réglementations qui empoisonnent et sclérosent les forces vives de la nation. Le rétablissement de l’état est donc impératif : il doit garantir un cadre – sécurité intérieure et extérieure, stabilité législative et fiscale, investissement industriel… – qui permettent aux initiatives de se déployer et aux corps intermédiaires d’exercer leurs responsabilités.

Je plaide ainsi pour un gouvernement resserré à vingt ministres avec, en particulier, une disparition du ministère de la Culture. L’administration publique de la culture doit être décentralisée vers les collectivités pour la diffusion et la création artistique et centralisée au sein de l’appareil d’État, à Matignon par exemple, pour la sauvegarde du patrimoine. Par ailleurs, il faut immédiatement renégocier les traités européens et rétablir l’équilibre dans une Europe ouverte à tous les vents, où les pays membres se livrent à une concurrence socialement destructrice. La réforme du code du travail est autre priorité absolue, comme l’augmentation massive des effectifs des forces de sécurité. Je propose de passer le budget de la défense à 2,5 % du PIB.

Pour financer des réformes d’envergure, il faudra, certes, retrouver un peu de croissance. Mais il existe d’autres solutions. Pourquoi ne pas considérer que l’État, actionnaire à près de 80% du capital, pourrait revendre une partie de sa participation à EDF ? Ce sont des milliards d’euros en perspective… De toute façon, l’aspect civilisationnel conditionne la réussite du reste et, en particulier, la santé de l’économie.

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Auteur de l'article : Jean-Baptiste d'Albaret

Rédacteur en chef de Politique magazine

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