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Les autorités politiques et la crise économique nouvelle

Macron et Xi sont sur la même trajectoire : de la minimisation de la crise (phase 1) au retour à la normale (phase 4) annoncé et proclamé, tout est fait pour maintenir l’illusion du contrôle.

Depuis le début de la crise sanitaire provoquée par l’épidémie venue Chine, les hommes politiques rivalisent avec les journalistes pour s’adresser à la population et lui expliquer comment elle doit se comporter afin de pouvoir retrouver rapidement une vie normale. Devant cette débauche d’informations, pour maintenir l’attention en haleine, on a divisé sans le dire mais à l’image de ce que l’on a imaginé pour la crise sanitaire, la lutte contre le virus économique en trois stades.

Stade 1 : Minimiser les conséquences

Ce premier stade, aujourd’hui dépassé, correspond à la période où la crise n’a pas encore produit des effets statistiquement constatés. Il faut donc montrer que l’on contrôle toujours la situation et en profiter pour entretenir la population dans la bonne voie d’une économie ouverte à tous vents. C’est Bruno Le Maire qui annonce fièrement que, dans la plus mauvaise des hypothèses, la crise coûtera 0,1 points de croissance à la France. Pas de quoi remettre en cause les choix effectués. On continue comme avant. Pas question de fermer les frontières car, comme l’a expliqué Olivier Véran, les frontières n’arrêtent pas les virus ! Les virus, peut-être, mais les porteurs de virus ? À ce stade, le pompon revient aux Italiens : lorsque Mattéo Salvini a demandé cette mesure de protection, il a été traité de « raciste » et de « xénophobe ». De façon à bien contrôler l’information, tous les bruits qui n’ont pas été estampillés par les autorités officielles sont, non pas discutés ou démentis, mais dénoncés comme « fake news » répandus par des « complotistes » hystériques ayant pour but de déstabiliser le système.

À ce stade il ne s’agit que de protéger le système contre une certaine crainte qui amènerait les agents économiques à freiner leur consommation. Il faut qu’ils puissent continuer à emprunter des métros bondés aux heures de pointe, à voyager dans les airs vers n’importe quelle destination, à assister à des matchs de foot internationaux où ils rivalisent de vociférations et donc de postillons avec les supporters de l’équipe adverse, à visiter les musées, à fréquenter les restaurants et salles de spectacle, à faire leurs courses dans les hypermarchés où ils se bousculent aux caisses… Les entreprises doivent ainsi pouvoir éviter de voir leur chiffre d’affaires baisser.

Stade 2 : Freiner la propagation

Ce deuxième stade, lui aussi dépassé, correspond au moment où, les premières statistiques ayant été publiées, on constate que des secteurs entiers de production sont en difficulté et que la Bourse s’effondre. Il faut empêcher l’épidémie de se répandre dans toute l’économie et de toucher tous les secteurs. À ce stade on s’intéresse donc essentiellement aux secteurs infectés. On les considère comme isolés du reste de l’économie réelle de peur qu’ils ne transmettent leur maladie à tous. Mais comme on n’a ni “vaccin” ni traitement spécifique adapté à une crise que l’on n’avait pas vu venir et qui ne ressemble à aucune des précédentes, on a recours à des mesures basiques : une politique monétaire accommodante et une politique budgétaire volontariste.

Hélas quand la Réserve fédérale américaine a décidé d’abaisser ses taux, au lieu de rassurer les opérateurs sur les marchés financiers, elle les a inquiétés. Si on administre une dose si importante de tranquillisant aussi vite, c’est que le mal doit être plus profond qu’on veut bien le dire. Après un petit mieux passager, dû à cette médecine, le patient, c’est-à-dire la Bourse, a recommencé à sa phase de déprime. C’est que l’on ne corrige pas une crise de la production due à l’arrêt des entreprises par absence du personnel simplement en inondant le marché de liquidités. Bruno Le Maire a aussitôt appelé l’Europe – on ne sait plus rien faire sans les fonctionnaires de Bruxelles – à administrer une politique budgétaire. Mais à quoi servirait-il de donner de la fausse monnaie à quelque secteur de production que ce soit si l’on ne commence pas par décréter la relocalisation des activités stratégiques ? Seulement un tel traitement est long à agir. La guérison se fera attendre et le mieux risque de ne pas se faire sentir avant les prochaines élections démocratiques.

Stade 3 : Limiter les effets à ce qui maintient l’illusion

À ce stade, la crise est généralisée. La production manufacturière, première touchée, après avoir inoculé le mal à la Bourse touche désormais le marché des matières premières et celui de l’énergie. Le virus a muté et on est passé d’un simple effondrement financier à une guerre économique. Cette fois-ci, il faut bien sûr, mobiliser toutes les forces vives mais il faut aussi limiter les effets ou au moins soulager provisoirement les malades. Pour cela on communique largement sur les conséquences bénéfiques à court terme et sur l’espoir d’un redémarrage rapide, toutes choses égales par ailleurs

Le meilleur symptôme de l’entrée dans cette phase de la maladie est la guerre du pétrole déclenchée par l’échec de la réunion des pays de l’OPEP avec la Russie à Vienne. Ces deux protagonistes voulaient-ils ainsi rendre non rentable le pétrole de schiste[1] américain ? En effet, ses producteurs américains indépendants sont tous fortement endettés et avec un prix du pétrole trop faible ils sont menacés de ne jamais pouvoir rembourser leurs dettes. Le 10 mars, l’Arabie saoudite a aggravé cette guerre du pétrole en annonçant sa décision d’augmenter encore sa production pourtant déjà excédentaire de façon à accroître sa part de marché, quitte à faire un peu plus chuter les prix. Avec ces cours artificiellement bas, la Russie considère pouvoir tenir de six à huit ans, d’autant qu’elle a pu aussitôt riposter en laissant le rouble se déprécier de 8 % vis-à-vis du dollar (alors que le riyal est fixe par rapport à ce même dollar). Ceux qui pourraient être les premières victimes de cette guerre économique sont les autres pays producteurs de pétrole : Iran, Irak, Nicaragua, Algérie, Venezuela… Les hommes politiques, qui ont l’œil rivé sur l’horizon électoral, expliquent que cette guerre économique est bonne puisqu’elle va faire baisser le prix du pétrole. Oui, mais à plus long terme, lorsque la Russie – et peut-être aussi l’Arabie saoudite, si elle sort rapidement de sa guerre de succession – aura éliminé ses principaux rivaux, vers quel sommet ne risque-t-on pas de voir grimper le prix du pétrole ?

La logique sous-jacente : surfer sur la vague

Quand on examine les trois stades de la crise économique (le stade 4 étant, comme nous le répètent les messages officiels, celui du retour à la situation antérieure, c’est-à-dire du point de vue économique la libre circulation des biens, des services, des hommes et des capitaux), on constate que tous les « éléments de langage » mis en œuvre n’ont qu’un but : montrer que les pouvoirs publics sont à la manœuvre et que l’épidémie ne triomphera pas. De ce point de vue le président chinois a montré l’exemple, en déclarant que le virus était vaincu, juste quelques jours avant l’assemblée annuelle du Part communiste chinois.

[1] Indépendamment du fait que le pétrole de schiste revient près de deux fois plus cher à extraire, on estime qu’un puits de pétrole de cette nature voit sa production baisser de 70 % au bout d’un an et de 85 % au bout de trois, tandis qu’un puits traditionnel ne voit celle-ci baisser que de 5 % chaque année. Il est bon de rappeler ici que le 10 février 2020, campagne électorale oblige, le président Trump et son équipe avaient suggéré de vendre 15 millions de barils de la réserve stratégique de pétrole dans le but de consolider le budget américain.

 

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Auteur de l'article : François Schwerer

Publication de l'article : 12 mars 2020