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Des fléaux contre le fléau

Macron gouverne par la ruine et la peur sous prétexte de nous réunir. Jupiter triomphera dans une France qu’il aura dévastée.

Les résultats de l’expérience sont particulièrement satisfaisants : voilà plus de deux mois que nous sommes gérés tel un amas de choses indifférenciées et inertes, sans que cela entraîne la moindre déconvenue pour les maîtres. À la faveur de la crise, leur liberté d’action s’est accrue à mesure qu’ils diminuaient la nôtre ; exempts désormais de tout contrôle, ils clament l’absolue nécessité de scruter chacun de nos gestes.

Notre bien-être justifie tout. Mais quand l’État augmente ses pouvoirs invoquant le devoir de protection des citoyens, quand, les déclarant irresponsables, il les protège malgré eux, quand il finit par les protéger contre eux-mêmes, alors il devient dangereux. Parce qu’à partir de ce moment, il s’autorise les pires égarements.

Depuis l’arrivée du fléau, c’est la peur qui a été choisie comme instrument particulièrement efficace de domptage. Les chefs et leurs subalternes bureaucrates l’ont fait claquer de toutes les manières, sans cesse, afin que nous acceptions de nous tenir tranquilles dans le pré-camp autour duquel ils ont fait patrouiller la menace de mort. Ce qui n’a pas réussi que très médiocrement après les attentats – car les tueurs ne pouvaient être légion ni attaquer partout – fonctionne à merveille dans le cas de la maladie invisible et omniprésente. Il suffisait de faire valoir, avec assez de force, son caractère incontrôlable, de transformer chacun d’entre nous en victime très possible. En fin de compte, cette menace brandie par le pouvoir a été bien plus forte que l’autre, qu’était la maladie elle-même.

La semence de la peur

La peur, bien employée, est le plus précieux outil de celui qui veut asseoir son emprise sur la société. Parlant de guerre – donc de la pire horreur qui peut frapper l’humanité, et la plus mortelle –, Emmanuel Macron a placé dans les consciences la semence de la peur. Son air de bienveillante inquiétude, chaque fois qu’il s’est adressé à la nation, était celui qu’on peut prendre quand on se trouve en face d’un condamné à mort. On s’attendait presque à l’entendre dire : « Il y a encore un vague espoir ». Le gouvernement, par ses divers membres, allant de l’aimable mise en garde à l’ultimatum, a entretenu, aussi souvent que nécessaire, l’impression que la fin du monde était devant nos portes. Enfin, l’homme de la santé publique, croque-mort à plus d’un titre, avec son bilan macabre de tous les soirs, hors-d’œuvre lugubre d’avant les dîners solitaires, récitant sa litanie inutile – car nous avons vite appris que son décompte était inexact –, dont le seul but de nourrir l’indispensable peur.

Les journalistes, qui maîtrisent si bien l’art de tomber dans tous les panneaux, ont été, eux aussi, enrégimentés dans la troupe des semeurs de panique et ils s’acquittent de leur devoir – car c’en est un ! – avec cette bêtise consciencieuse qui finit par devenir remarquable. Ils savent tout, ils affirment, ils contredisent, ils insinuent avec des sourires narquois, ils sont médecins, épidémiologistes, statisticiens, et, avec leur cohorte d’« invités » et d’« experts », ils dessinent, heure après heure, l’image du cataclysme auquel nous sommes condamnés.

Un test de soumission

L’État, transformé en mère abusive, nous a fait passer un test de soumission et, pour l’instant, notre comportement semble avoir donné satisfaction. Il sait désormais qu’il peut compter sur nous. (Emmanuel Macron, d’ailleurs, à la manière du chef s’adressant à ses hommes, le dit plus souvent que de raison : « Je compte sur vous. ») Dorénavant, il suffira de nous faire peur, de proférer avec toute la sollicitude voulue des menaces de mort, pour nous imposer de nouvelles règles et tracer des limites de plus en plus étroites.

Parce qu’il a détruit patiemment le système de santé, le rendant incapable de faire face convenablement à une épidémie, l’État a donné pleins pouvoirs aux bureaucrates, qui, ne sachant rien faire d’autre et soutenus en cela par les médecins-fonctionnaires, ont multiplié les restrictions. Nous avons payé et nous payons encore pour la triste nullité de ces individus, pour leur arrogance sans limites.

Afin de nous protéger, l’État et ses mauvais serviteurs – qui sont, théoriquement du moins, aussi les nôtres – n’ont été capables d’émettre qu’une seule idée : tout arrêter, donc tout détruire. Sauver par la ruine – il y a dans cette contre-solution, qui a pourtant été imposée comme la seule raisonnable, quelque chose de tellement stupide que ça devient grandiose. Certes, nul ne sera trouvé fautif des morts qui auraient pu être évitées ; pour le reste, en revanche, pour la débâcle économique, nous serons tous mis à contribution. On nous fera croire que nous payons une sorte d’impôt sur la survie, alors que ce ne sera qu’une amende pour incompétence gouvernementale. Ils invoqueront la solidarité et seront intransigeants sur ce point. De tout ce désastre ils parleront bientôt comme de leur victoire, ils prétendront notre reconnaissance et chercheront des motifs pour nous culpabiliser. Car celui qui a découvert le goût de l’autorité arbitraire ne peut plus s’en passer.

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Auteur de l'article : Radu Portocala

Publication de l'article : 2 juin 2020