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LaREM, le parti des murs végétalisés

Je suis allé sur le site de LREM par curiosité, pour en consulter le programme. J’avoue être sidéré par sa pauvreté tant il apparaît essentiellement taillé pour des considérations de communication. C’est sans doute un des traits de l’époque qui m’exaspère le plus en politique. Les états-majors des partis ont renoncé à s’adresser aux électeurs comme à des citoyens capables de comprendre les politiques publiques engagées par leurs propres gouvernants :

Vous n’êtes pas capable de comprendre le fonctionnement et les impératifs du gouvernement aujourd’hui, on va donc plutôt vous raconter quelques salades sur le climat, le droit des femmes et les murs végétalisés.

Il y a un profond mépris et une profonde ignorance de la part de nos gouvernants experts qui se traduisent aussi en défiance et en désintérêt de la part des gouvernés, quand ce n’est pas clairement du rejet. Il y a une manière toute aussi méprisante et totalement illégitime – si théoriquement nous sommes en démocratie – d’éviter la logique de ce que les anglophones appellent accountability : une politique publique n’est légitime que parce qu’il s’agit d’une forme de délégation de pouvoir de la part du peuple de citoyens, ce qui les rend comptables devant eux. Utiliser la communication pour masquer la pratique réelle du pouvoir au sommet, c’est estimer n’avoir de comptes à rendre qu’entre pairs/experts, et ne prendre les citoyens ordinaires que pour un bon gros bloc de buses à éviter comme une sorte d’obstacle gênant.

Certes, on peut estimer que pour des raisons diverses et variées, le niveau global de la population a aussi chuté, et qu’il devient de plus en plus difficile d’avoir une discussion raisonnable avec un peuple fractionné en archipels, pour reprendre l’expression de J. Fourquet. Il ne faut cependant pas oublier une chose essentielle : la politique est tout aussi éducatrice à la citoyenneté que l’école ou le foyer, elle dispense implicitement et explicitement les leçons et les codes de cette partie de la conduite humaine qui nous lie à la vie civique. Dans un pays où la politique est saturée par une communication gouvernementale (mais pas seulement gouvernementale) qui emploie tour à tour des éléments de langage d’enfants de 5 ans, la criminalisation des opposants, l’antifascisme de pacotille pour masquer la vacuité politique, et les phases d’autoritarisme verbal pour suppléer à l’inertie réelle des pouvoirs publics, c’est la confiance, ce capital social si difficile à saisir et à maintenir, qui disparaît un peu plus chaque jour sous le talon de fer de la mentalité bureaucratique.

C’est aussi le meilleur moyen d’alimenter la colère, le ressentiment et l’anti-intellectualisme qui dominent les formations anti-gouvernementales (et qui, pour les plus populistes, nous promettent l’avenir radieux du Venezuela soit par conviction, soit par incompétence caractérisée).

Par Pierre Carvin
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Auteur de l'article : PM