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Deviser le monde : Les silences du pape

On a beaucoup entendu François, ces derniers temps. Et un peu avant aussi. En fait, on l’entend beaucoup, tout le temps. Il a des messages simples et concrets qu’il fait passer sans relâche. L’immigration, c’est bien, le nationalisme, c’est mal, par exemple. Ou la richesse, c’est laid, la pauvreté, c’est beau. C’est un pape politique, et c’est une bonne chose que François soit un pape politique. C’est une bonne chose que soit politique le chef spirituel d’une masse de croyants qui dépasse franchement le milliard d’êtres humains, répartis dans le monde entier, réunissant fraternellement l’universitaire sénégalais et le balayeur chilien, le dirigeant français d’une multinationale et le chauffeur de taxi philippin. C’est une bonne chose qu’un pape fasse comprendre au monde qu’un catholique n’est pas là pour garder sa religion sous le boisseau, sa conscience au frais et sa langue dans sa poche. Il ne manque à ces bonnes choses que la bonne direction. Il ne manque au pape que la claire conscience qu’il utilise une vieille grille d’analyse. Pourquoi vilipender sans cesse les riches et les pays riches et ne vouloir annoncer l’évangile qu’aux pauvres ? Ce sont les riches qui dirigent le monde, plus que jamais, et ce sont eux qui ont besoin d’être convertis, plus que jamais. Les pauvres ont déjà l’évangile, ce sont les riches qui l’ont perdu. On ne changera pas l’ordre mondial par la base, dans un grand élan socialo-messianique à la sauce seventies, parce que les élites ne se laisseront pas faire. On change le monde en convertissant les élites. L’Église a pratiqué la méthode avec succès pendant plusieurs siècles. Il serait temps que ce pape politique ait une analyse politique de la situation. Il serait temps qu’il considère que les nations préservent et que le mondialisme détruit. Il serait temps qu’il parle des Chinois, et des Chinois chrétiens, qui souffrent et se battent à Hong-Kong et dans toute la Chine. Mais ce pape si disert, ce pape si abondant, ce pape se tait. Ce pape si ouvert a signé on ne sait quel pacte secret avec le parti communiste chinois. Ce pape qui sait parler sait aussi se taire. Ce pape si friand de dialogue sait ne pas parler du tout des choses qui le gênent ni avec ceux qui le gênent. Et ses silences valent condamnation. Cela aussi est politique, et il est certain que ce n’est pas une bonne chose.

Les plumes de Macron

Geoffrey Miller est psychologue évolutionniste. Il pense que proclamer avec emphase ses opinions politiques est l’équivalent d’une parade nuptiale. La parade vise l’accouplement. Le mâle chante ou brame, construit des nids avec des objets brillants, change de couleur (chez les poissons), étale ses plumes. Tout comme Macron. Macron, c’est la nuptialité permanente. Tout l’exercice du pouvoir se réduit à exhiber sa virilité idéologique, en poussant d’affreux cris pour attirer le bourgeois craintif, en sautillant à travers la globe pour convaincre le démocrate français qu’il est considéré, en ciselant des jouets diplomatiques comme l’arrivée “surprise” d’un Iranien au G7. Le Français est un animal politique et idéologique. Macron parade. Et ça marche. Hier il a sauvé le climat. Avant-hier il a guidé la Russie. Aujourd’hui il a confessé Trump. Demain, il sauvera l’Amazonie. Après-demain, il aura rendu à l’Europe sa vigueur. On n’a jamais vu un paon si pourvu en plumes si fournies, si longues, si brillantes. La roue est parfaite. Il sautille sur la pelouse du mondialisme en jetant son nom aux quatre vents. Macron ! Macron ! Il parle d’abondance, de tout, pendant des heures, à tous, c’est le champion de la logorrhée amoureuse, les Français succombent à son ramage, les Européens aussi, et un chef indigène brésilien, et sans doute quatre actrices américaines. Les marcheurs l’imitent, car une parade nuptiale n’est efficace que si elle duplique un modèle socialement reconnu. Eux aussi parlent, caquètent, pérorent, de tout, Jeffrey Epstein et Yann Moix, les incendies de forêt et le PSG.

Et pendant que ces deux grands causeurs racontent le monde tel qu’il devrait être, le récitent, l’inventent, sélectionnent avec art les éléments réels qui leur permettent d’échafauder leur poème épique d’une démocratie universelle ayant rangé chacun sous sa tutelle, le monde s’effondre avec fracas.

Par Philippe Mesnard
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Auteur de l'article : PM