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Macron ou le temps de l’humiliation

Le gouvernement vient de passer la tête dans le nœud coulant. L’équation est très simple, et elle ne comporte aucune inconnue.

Le gouvernement vient de renoncer à des recettes fiscales. De l’ordre de deux milliards d’euros, dit-on. Il parle de « moratoire » pour ne pas perdre ce qui lui reste de face, mais personne n’est dupe. Ces taxes ne réapparaitront pas de tout le quinquennat. Et Macron l’a confirmé.

Et puis il y a aussi les « mesures d’accompagnement » de la « transition écologique ». Tous ces gadgets technocratiques grâce auquel l’État vous fait l’insigne faveur d’une aumône après vous avoir méticuleusement raclé les poches.

Il y en aurait déjà pour 500 millions, mais la facture va certainement grimper, au fur et à mesure que des gouvernants aux abois consentiront à des « mesures sociales » supplémentaires dans l’espoir, peut-être vain, d’éviter de nouvelles scènes d’émeutes.

Le déficit va donc se creuser.

Lorsque vous vivez au-dessus de vos moyens, il y a deux solutions. Diminuer vos dépenses ou augmenter vos recettes.

Pour ce qui est de diminuer sérieusement les dépenses, Emmanuel Macron n’a plus l’autorité morale nécessaire pour y parvenir. Faire des économies substantielles supposerait de diminuer le périmètre d’intervention des pouvoirs publics. De distribuer moins d’argent, d’employer moins de gens. Mais derrière chaque poste d’économie de quelque importance se trouve une forteresse corporatiste, hérissée « d’ayants droit » armés jusqu’aux dents et d’autant plus prêts à en découdre que le gouvernement vient de montrer à tous à quel point il était faible.

Seul un pouvoir authentiquement tyrannique, prêt à mater par la violence toute opposition, ou bien un pouvoir disposant d’une légitimité politique très forte pourrait parvenir à prendre d’assaut certaines de ces forteresses.

Macron n’est pas un tyran et il vient de gaspiller son faible capital politique pour des broutilles. Le pauvre homme, dans un instant d’égarement, a réellement cru qu’il lui appartenait de « sauver la planète » en empêchant les Français les moins fortunés d’utiliser leurs voitures. Toutes ces agréables rêveries se sont dissipées d’un seul coup et ont, très probablement, été remplacées, dans l’esprit de notre Dieu-Président, par le souvenir obsédant que les Français sont un peuple régicide.

Pas d’économies substantielles, donc.

Pour ce qui est d’augmenter les recettes, il ne faut plus penser à pressurer la « majorité silencieuse », qui vient précisément de descendre dans la rue pour bien signifier qu’elle n’entendait plus se laisser tondre.

Les démagogues ont, bien évidemment, déjà commencé à réclamer que l’on fasse payer « les riches ». Mais « les riches » qui n’ont pas les moyens d’échapper à l’impôt par l’expatriation ou la délocalisation de leur activité sont simplement trop peu nombreux pour fournir des recettes suffisantes. Sans compter que, eux aussi, pourraient finir par se montrer violents si on les pousse au désespoir. Quant aux très riches, ils s’enfuiront dès qu’ils verront arriver (de très loin) le percepteur, et ils emporteront avec eux une bonne partie de l’activité économique de la France, augmentant ainsi le nombre de ceux qui réclament une aide de la part de la puissance publique.

Emprunter ? Il serait logique que les prêteurs se montrent de plus en plus circonspects, étant donné que le mouvement des gilets jaunes vient précisément de montrer que le consentement à l’impôt, et donc la capacité des gouvernements successifs à les rembourser, atteignait ses limites. Mais surtout, la France se trouverait en contravention avec les règles européennes en laissant filer les déficits et la dette. Or l’Europe, c’est notre prooooojeeeeet !

Macron peut-il se comporter comme un vulgaire Giuseppe Conte ? Comme un Orban ? Comme un Trump ? Outre les crises d’apoplexie que cette pensée doit provoquer chez lui, défier les institutions européennes (et les Allemands, qui sont derrière) lui ferait perdre ses derniers soutiens politiques en France, ferait exploser sa majorité, et déclencherait une tempête qui pourrait bien se finir par l’éclatement de l’Union Européenne.

Pas d’augmentation substantielle des recettes, donc. Alors quoi ?

Des économies de bout de chandelle. Des petites augmentations d’impôts, subreptices et calibrées pour essayer de ne pas réveiller la bête enragée. Des humiliations successives à Bruxelles et à Berlin, à chaque fois que nos gouvernants devront supplier que l’on ferme, une fois encore, les yeux sur leur transgression des règles européennes. Par pitié, monsieur le bourreau, encore un instant !

Vous vous souvenez de Il était une fois dans l’Ouest ? La scène fondatrice de la pendaison : « Joue pour ton grand frère, ça lui fera plaisir ». Nous y sommes.

Par Aristide Renou
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Auteur de l'article : PM