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Ce que nous réserve 2020 (Prévisions et scenarios économiques)

Dans quel temps se passent les événements économiques à venir ? Dans la sphère toujours enflante des transactions financières ou dans celle passablement déprimée des échanges réels ?

La science économique n’est pas une science prédictive et, d’ailleurs, elle n’est pas une science. Quant à la prévision, c’est une chose difficile surtout quand il s’agit de… l’avenir (l’aphorisme a plusieurs pères putatifs) et convenons que l’exercice a quelque chose d’artificiel.

Que dire de l’année qui commence ? Pour les uns elle s’annoncerait sous de bons auspices, les indices boursiers au plus haut, des créations d’emplois, même en France (sans commune mesure avec les États-Unis). Un peu de griserie flotte sur les milieux financiers. Tout va très bien, Madame la Marquise [sauf] un incident, une bêtise… Qui se souvient de l’euphorie béate avec laquelle nous avons commencé l’année 2008 ? Elle vit éclater la première grande crise du XXIe siècle dite des subprimes ! « Souviens-toi de te méfier », nous enseigne le vieil adage.

De bonnes nouvelles ambivalentes

Selon Les Échos, les dividendes du CAC 40 ont fortement augmenté en 2019 pour atteindre de nouveaux records (60 milliards). Alors, enrichissement des actionnaires et paupérisation des salariés ? Les choses sont moins simples, d’autant que 30 % des gains sont taxés par l’État ; en revanche on peut se poser la question de savoir pourquoi les entreprises n’affectent pas leurs bénéfices aux investissements plus profitables à l’économie. Au demeurant beaucoup d’entre elles rachètent leurs actions, ce qui fait remonter la cote mais n’est pas un très bon signe : en réalité elles craignent des perspectives de faible croissance et les grandes incertitudes monétaires, singulièrement les taux négatifs, qui leur ont cependant permis de s’endetter. Mais pour la France le déclin industriel ne semble pas s’arrêter et de moins en moins d’entreprises y sont cotées en bourse : un capitalisme sans capitalistes (au sens de Weber et Schumpeter) mais avec beaucoup plus de financiers. C’est là que pointe notre problème qui tient dans le paradoxe des deux sphères, l’une prospère, la financière, l’autre, l’économie réelle, beaucoup moins, deux sphères qui coexistent, mondialisation oblige.

Un lâche soulagement

Il y a un an, le 4 janvier 2019, la FED a décidé d’arrêter de monter les taux et au contraire de les baisser ; la BCE lui a emboîté le pas. Trois fois dans l’année. Les indices boursiers ont fait fi de tous les événements géopolitiques négatifs et de toutes les données économiques structurellement défavorables. Le résultat : 25 à 30 % de hausse pour les principaux indices boursiers, toujours pas d’inflation (quoique) mais, surtout, pas de remontée des taux. L’accord commercial dans la guerre entre les USA et la Chine, signé le 15 janvier 2020 et porté au crédit de Trump, a rassuré, mais l’armistice n’est pas la paix.

Donc pas de cygne noir en vue ! Tout va très bien, Madame la Marquise… La contrepartie de ces indices étant que les banques centrales continuent d’inonder les marchés de liquidités, ce qui achève littéralement le modèle des banques commerciales et, maintenant, les assurances-vie. En conséquence, près de 500 000 emplois du secteur ont été supprimés dans le monde ces dernières années. Et ces messieurs de la finance de nous affirmer : « TINA ! » (there is no alternative). Un slogan très en vogue dans la galaxie financière. Vraiment aucune alternative ? Le quantitative easing fonctionne comme une drogue inhibante pour l’économie, une molécule euphorisante, et l’on connait la difficulté à sortir des assuétudes mais aussi leurs conséquences fonctionnelles. Et pendant ce temps la Banque mondiale vient donner ses prévisions pour l’économie en 2020, tout va bien et tout devrait bien se passer, même avec une légère accélération de la croissance mondiale : « si tout va bien », une prophétie autoréalisatrice ? Les économies plus développées ont, quant à elles, ralenti de 1,6 à 1,4 %, principalement en raison de la faiblesse persistante de l’industrie manufacturière. La Banque mondiale se montre d’une discrétion de violette lorsqu’elle évoque l’accumulation de la dette : « Le poids de la dette par rapport au PIB dans les économies en développement a bondi de 54 points de pourcentage depuis le début de la hausse de l’endettement en 2010, pour atteindre 168  %. En moyenne, ce ratio a augmenté d’environ sept points par an, soit près de trois fois plus vite que pendant la crise de la dette en Amérique latine dans les années 1970. En outre, la progression a été exceptionnellement généralisée : elle concerne aussi bien la dette publique que la dette privée, et s’observe dans pratiquement toutes les régions du monde. » Quelque chose comme 230 000 000 000 000 de dollars, quand même !

Que le pire n’est jamais sûr

Il est bien connu que l’apocalypse est un dévoilement lent et non une explosion, l’Empire romain est tombé en plusieurs décennies sous les coups des Barbares, certes, mais aussi de ses propres erreurs. En 2020, les chances pour que les banquiers centraux reviennent sur le quantitative easing sont minimes. Les mesures sont une tragique nécessité inscrite dès le lendemain des subprimes en 2008, à la fois remède et poison (le pharmakon des Grecs qui désigne les deux termes). La capitulation de Jerome Powell et le suivisme de Draghi et Lagarde en matière de taux ont conduit les taux directeurs à des niveaux déraisonnables. Ce sont eux (et pas les dividendes) qui font, selon Bloomberg, le dualisme social et c’est un milliardaire qui le dit¹. Le gouffre se creuse entre riches et pauvres, et plus particulièrement entre ultra-riches et classes moyennes. Les ultra-riches ont rajouté 1,2 trilliards de dollars de plus à leur (bonne) fortune. Comme chaque année, Bloomberg a établi son classement et sa conclusion est simple : « Les très riches, de riches qu’ils étaient en début d’année, le sont devenus plus encore. » Et le cabinet d’évoquer qu’ils ont acquis une part de gâteau comme jamais depuis 1929, année du commencement de la grande crise. En ajoutant que cela devrait « pousser les politiciens à appeler à une restructuration radicale de l’économie ».

Un retour en arrière est-il possible ? Un rééquilibrage paraît hasardeux parce que l’écart entre la sphère financière et la sphère économique réelle est trop grand désormais. Normaliser supposerait une volonté politique et entraînerait une chute des valeurs financières, qui replongeraient dans la crise de 2008… que l’on a voulu éviter.

Ainsi, désormais, le grand ordonnateur de l’économie globalisée, ce sont les banques centrales qui assument les risques du système, et singulièrement la Fed, avec la variable d’ajustement qu’est le dollar, ce qui est, de fait, une forme politique de la gestion de la crise. Mais, pour l’heure, c’est la finance, et l’hyper-classe mondiale qu’elle engendre, qui dicte sa loi aux politiques. n

Bloomberg est un groupe financier spécialisé dans les services aux professionnels des marchés financiers et dans l’information économique et financière. Créé en 1981 par Michael Bloomberg, maire de New York de 2002 à 2013, il compte plus de 10 000 employés répartis dans plus de 130 pays. Michael Bloomberg est candidat Démocrate face à Trump.

Illustration : Le classement Bloomberg des hommes les plus riches du monde, mis à jour quotidiennement pour l’édification des masses laborieuses. État au 27 janvier.

 

 

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Auteur de l'article : Olivier Pichon

Enseignant, journaliste et homme politique français
Publication de l'article : 8 février 2020