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L’Hôtel du Libre-Échange

Isabelle Nanty - Politique Magazine

Vous mettez dans le shaker deux voisins avec leurs épouses, dont l’un séduit la femme de l’autre, un trouble-fête venu de Valenciennes qui se fait inviter avec ses quatre filles, un neveu naïf en passe d’être déniaisé par la femme de chambre, vous agitez le breuvage et vous transportez tout ce joli monde dans un hôtel borgne de la rue de Provence, tenu par un cynique tenancier accompagné d’un serviteur facétieux. À l’habitude de Georges Feydeau, les portes claquent, les protagonistes se croisent sans se voir ou se rencontrent inopinément, et de rebondissement en rebondissement, le dénouement final est imprévu et n’est point dénué de cynisme. Cette pièce devint un succès triomphal depuis sa première en 1894.

Un cocktail explosif de rires

La Comédie Française nous offre ce joyau avec une vingtaine de comédiens sur le plateau qui virevoltent, avec plus de deux cents entrées et sorties. Ils sont tous au sommet de leur talent comique et jouent avec jubilation ces personnages dénués de psychologie mais entraînés dans une tourmente que personne ne peut maîtriser. Qu’il nous soit pardonné de ne point les citer tous, tant chacun fait preuve de virtuosité. Naturellement le chef d’orchestre, dépassé par les évènements, séducteur qui n’arrive jamais à ses fins, est Michel Vuillermoz dans le rôle de Pinglet, il est magistral.

On saluera la prestation drolatique de Thierry Hancisse dans le rôle de Mathieu, père des quatre filles, qui nous donne une leçon de diction, passant du bégaiement incompréhensible à un parler limpide dans la même seconde, le tout teinté d’un accent wallon appuyé.

Quant à la gestuelle, au dernier acte, d’Anne Kessler qui interprète Angélique, la femme de Pinglet, elle est désopilante. Isabelle Nanty, dans sa mise en scène, a totalement compris qu’une pièce de Feydeau est une partition précise, soutenue par un rythme permanent dont il ne faut pas s’écarter. Son approche est parfaite, à l’exception d’un premier acte d’exposition qui a peine à décoller, mais en cela elle n’a fait que suivre les indications de l’auteur. On soulignera aussi la scénographie et surtout les costumes de Christian Lacroix, cerise sur le gâteau !

Le plus grand théâtre français vous attend
avec deux heures de plaisir en dégustant ce cocktail sans modération.

L’Hôtel du Libre-Échange de Georges Feydeau
Mise en scène Isabelle Nanty – La Troupe de la Comédie Française

La Comédie Française
Salle Richelieu
Place Colette, Paris 1er
Réservation : 01 44 58 15 15
du lundi au samedi 11h-18h

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Auteur de l'article : Bruno Stéphane-Chambon

Chroniqueur théâtre