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Saudade japonaise

L’ouvrage de Ryoko Skiguchi, aussi magnétique que subtil, nous mène au Pays du Soleil Levant pour explorer une des facettes de sa culture. Goûter avec lenteur les couleurs et les odeurs d’un pays où nature et spiritualité sont indissociables. Nagori, la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter parle de saison et de temporalité. La conscience du temps dépendant de la culture qui l’exprime, plus subjective et instantanée au Japon qu’en Occident, invite les Nippons à vivre l’instant présent plus intensément. Leur regard sur l’univers est autre, leur nostalgie plus heureuse, contrairement à la nôtre synonyme de tristesse et de vide. Littéralement, nagori veut dire « ce qui reste des vagues », signifiant ici la nostalgie d’une saison qui nous quitte avec ce qu’elle laisse : le goût d’un fruit ou d’un légume de saison dont on voudrait garder la saveur jusqu’au moment où on le retrouvera, mais en sachant que, lorsque cette saison reviendra, elle « ne sera pas tout à fait la même – pareille et différente, identique mais singulière. » Et que dire du mot délicieux d’omiokuri, qui consiste à suivre du regard la personne qui s’en va jusqu’à ce qu’on ne la voie plus : raccompagner (okuru) du regard (mi). C’est cela le nagori, l’empreinte laissée par les vagues après qu’elles se sont retirées. Ainsi Nagori capture avec émotion le caractère éphémère et fragile des saisons auquel les Japonais sont très attachés et renvoie à leur vision esthétique qui s’attache au mystère, à la profondeur et la beauté des choses, faits de résonances infinies.

Nagori, La nostalgie de la saison qui vient de nous quitter, Ryoko Sekiguchi, Folio. 6,30 €
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Auteur de l'article : Madeleine Gautier

Chroniqueur théâtre