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Roland-Manuel en demi-teinte

Parisien d’origine belge, Roland-Manuel (1891-1966) étudia le violon à Liège avant de s’installer à Paris en 1905. Il poursuivit ses études musicales à la Schola Cantorum, auprès de Vincent d’Indy, Auguste Sérieyx et Albert Roussel, qu’Erik Satie lui avait présenté. Ce fut également Satie qui lui fit rencontrer Maurice Ravel en 1911. Avec Maurice Delage, Manuel Rosenthal ou l’obscur Louis Timal, Roland-Manuel compta ainsi parmi ses rares disciples. Une profonde amitié lia les deux musiciens. Roland-Manuel fut le premier à consacrer une monographie à Ravel dès 1914 et à Satie en 1916. Sous l’influence de Jacques Maritain, il se convertit au catholicisme à Solesmes en 1926. En 1947, il fut nommé professeur d’esthétique musicale au Conservatoire de Paris et à la Sorbonne. Sait-on qu’il collabora avec Stravinski à l’élaboration de son ouvrage théorique The Poetics of Music ? Critique musical avisé et clairvoyant, il produisit de septembre 1944 à juillet 1961la célèbre émission radiophonique Plaisir de la musique avec la pianiste Nadia Tagrine.

Son catalogue comporte des opéras comiques : Isabelle et Pantalon, sur un livret de Max Jacob (1922), Le Diable amoureux, d’après Cazotte (1929), l’oratorio Jeanne d’Arc, texte de Charles Péguy (1937), le ballet Le Tournoi singulier, d’après Louise Labé et La Fontaine (1924), un Concerto pour piano et orchestre (1938), un Trio à cordes (1919), des mélodies raffinées (Farizade au sourire de rose, 1914) et de superbes musiques de films pour Jacques de Baroncelli (L’Ami Fritz, 1933), Julien Duvivier (La Bandera, 1935), Henri Decoin (Les Inconnus dans la maison, 1942) et surtout Jean Grémillon (L’étrange Monsieur Victor, 1938, Remorques, 1941, Lumière d’été, 1943, Le ciel est à vous, 1944). Sensibles aux sonorités nouvelles et aux conquêtes harmoniques de son temps, revivifiant les formes anciennes, Roland-Manuel nous laisse une œuvre singulière et sincère, à découvrir.

La discographie de Roland-Manuel est quasiment inexistante et le disque de Louise Akili vient à point nommé titiller les mélomanes. Les œuvres pour piano ne constituent malheureusement pas le meilleur de son catalogue. Celles que la pianiste rassemble sur son cd : Menuet sur le nom de Ravel (1912), Hommage funèbre (1914), Hommage à Ravel ou « La soirée de Viroflay » (1916), Idylles : Hommage à La Fontaine et Clarisse ou l’Hommage indiscret (1916) ne constituent somme toute que des « exercices d’admiration » d’un jeune compositeur en recherche de son style. Elles alternent avec quelques opus ravéliens judicieusement mis en parallèle avec ceux de Roland-Manuel, mais défendus sans panache. Le maigre texte de présentation du livret ne souligne guère les affinités existant entre les œuvres des deux compositeurs mais l’auditeur attentif les repèrera de lui-même. Et pourquoi aucune des durées indiquées sur la pochette ne correspond à celles des plages du cd ? À étirer ainsi les tempi dans un jeu sans contraste, et malgré la délicatesse de son toucher, la pianiste engendre la monotonie dans ces pièces courtes qui résonnent dans l’ombre comme un écho affaibli de leur impressionnant modèle.

À défaut d’éclatante réussite, ce premier disque de Louise Akili, par sa démarche originale, nous guide vers des sentiers peu fréquentés. Puisse-t-il inciter les interprètes à programmer les partitions plus substantielles de Roland-Manuel.

Maurice Ravel, Alexis Roland-Manuel, Œuvres pour piano, Louise Akili, 2020, 1 CD PAS120159

 

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Auteur de l'article : Thierry de Cruzy

Publication de l'article : 26 janvier 2021