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Républiques confinées

Maeterlinck, qui aimait les abeilles, finit par écrire une vie des termites. Les bestioles sont moches, leurs mœurs sont fascinantes, surtout racontées par un apôtre de l’intelligence universelle, qui ne peut s’empêcher de comparer les républiques des hommes (dont la soviétique, le livre date de 1926) à celles des insectes sociaux. En matière de confinement, les termites nous battent : ils naissent, vivent et meurent confinés et n’ont d’autre but que d’étendre sans fin les bornes de leur ville. « Et ce repaire, sa patrie, sa cité, son seul bien et son tout, son âme véritable qui est l’âme de la foule, ce saint des saints de tout son être, plus hermétiquement clos qu’une jarre de grès ou un obélisque de granit… » L’entolomologiste précis, curieux et enthousiaste, vulgarisateur de génie, partage sa plume avec le penseur. Le premier nous fait découvrir un monde stupéfiant où des Babels souterraines accueillent des soldats cuirassés au naturel qui portent sur leur front des canons chimiques. Le second nous explique que ces soldats « ne quittent jamais la forteresse qu’ils sont chargés de défendre. Ils y sont retenus par une cécité totale. Le génie de l’espèce a trouvé ce moyen pratique et radical de les fixer à leur poste. » On frémit. Et Maeterlinck va plus loin : « Dans la sombre république stercoraire, le sacrifice est absolu, l’emmurement total, le contrôle incessant. » Le poète en tire d’amères leçons sur l’humanité, mais c’est peut-être le régime des insectes qui est à méditer. Qu’importe les leçons, passées quelques pages qui dressent un état de l’art, le texte nous plonge dans l’émerveillement de la nature et des descriptions étonnées.

Maurice Maeterlinck, La Vie des termites. Bartillat, 2019, 160 p., 10 €
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Auteur de l'article : Richard de Sèze