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Quand le Théâtre rejoint la Nouvelle

La nouvelle et la pièce de théâtre partagent l’idée de la fatalité.

Une pièce de théâtre réunit un décor, des personnages, une situation étrange, qui s’inscrit dans une progression dramatique pour se finaliser dans le mystère du fatum. La nouvelle est un exercice littéraire qui comprime une tragédie, un roman, une fresque en un condensé d’une trentaine de pages. Sa brièveté n’en fait pas un art mineur mais au contraire une épure, au caractère brut et instantané. Certes la règle des trois unités du théâtre, temps, lieu, action, ne sont pas toujours au rendez-vous avec l’art de la Nouvelle, mais elles y sont toujours en corrélation intrinsèque et dans l’esprit.

Nos auteurs français, rares, se sont distingués dans ce genre, notamment Guy de Maupassant‎ ou Anatole France‎, et plus près de nous Jean de La Varende ou Paul Morand. N’oublions pas Daniel Boulanger qui obtint dans ce genre le prix Goncourt en 1974 et, en 1979, le prix Prince Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre.

Les commentateurs de la littérature russe, profondément marquée par des œuvres magistrales et torrentielles signées par Tolstoï, Dostoïevski et, plus près de nous, Alexandre Soljenitsyne, n’ont pas toujours mis en exergue les récits relevant de l’art de la nouvelle, produits par Gogol, Ivan Tourgueniev et… Anton Tchekhov !

Une parution récente, Les meilleures nouvelles d’Anton Tchekhov, est l’illustration de cette symbiose entre ce genre de littérature issue du chariot de Thespis et l’art de la narration du momentané et du raccourci.

Des personnages ordinaires, parfois pâlots, lâches et anonymes, des rencontres inopinées, des changements de destin, et puis rien que le temps qui passe inexorablement. Un drame, non, des vies qui se croisent. On n’oublie jamais… Avec ses tragédies simples et bouleversantes qui peuvent conduire au crime, ou plus encore à l’oubli de soi même.

Des riches médiocres, des moujiks proches de la sainteté, des petites saintes condamnées à devenir criminelles. À cet égard on retiendra dans ce spicilège : Tristesse, Une journée autour de la ville (splendide hymne à l’humanité) et le cruel L’envie de dormir, chapitre que l’on pourra lire en écoutant La Symphonie Pathétique de Piotr Ilitch Tchaïkovski,

En ces temps d’absence de cérémonies théâtrales, on pourra se consoler en se délectant de la lecture de cet ouvrage, si proche de nous, grâce à ces nouveaux traducteurs qui ont su saisir la quintessence du texte original en respectant sa concision.

 

Nota Bene. Pour mémoire, Anton Tchekhov, en tant que dramaturge, fut révélé en France, principalement par le metteur en scène russe Georges Pitoëff (1884-1939). Membre du Cartel, assisté par son épouse, Ludmilla, sublime actrice, il a apporté sur les planches du théâtre parisien, en 1922, les grandes pièces de l’auteur russe. Leur fils, Sacha Pitoëff (1920 -1990), dont on retiendra la magistrale interprétation d’Henri IV de Pirandello, réalisera dans les années 60, au Théâtre Moderne, La Cerisaie, La Mouette, Oncle Vania et, en 1970, Les Trois Sœurs au Théâtre des Célestins. Plus proche de nous, Emmanuel Dechartre, directeur du Théâtre 14, a produit avec talent Ivanov en 2002 et, en 2009, Oncle Vania, dans une mise en scène de Marcel Maréchal. Concomitamment, Jean-Luc Jeener, immense animateur de théâtre, donnera en son Théâtre du Nord-Ouest, Trois Tchekhov pour trois comédiens, Paroxysme, et Platonov, mis en scène par Patrice Le Cadre.

Illustration : Tchekhov lisant La Mouette.

 Anton Tchekhov, Les meilleures nouvelles. Nouvelles traductions. Edition Rue Saint Ambroise, 2020, 308 pages, 14,90 €.
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Auteur de l'article : Bruno Stéphane-Chambon

Chroniqueur théâtre
Publication de l'article : 19 janvier 2021