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Musiques urbaines…

La domination commerciale du rap et l'impunité judiciaire dont il jouit sont deux signes d'une guerre culturelle qu'il est en passe de gagner. Petite histoire d'une facile conquête.

N’effrayons pas l’électeur, l’euphémisme est de rigueur pour masquer une réalité ordinaire : le rap est le genre musical le plus vendu dans l’hexagone et de loin. N’en déplaise à ceux qui refusent le concept de grand remplacement, en matière de musique, il est effectif. Le rap (le hip-hop ou les musiques urbaines, suivant les appellations) joue le même rôle que celui du rock en son temps, agréger les jeunes générations aux référentiels culturels qui préparent le monde de demain.

Pour Noël 2019, la Légion a mis en ligne un clip de rap pour recruter des Français intitulé Booda, actant sa parfaite intégration à la culture française. Les chiffres le montrent. En 2018, le rap trustait la moitié des vingt meilleures ventes de musique en France. Au total, dans le top 200 des meilleurs ventes d’albums, 40 % sont des disques français de musiques urbaines. Le titre le plus écouté en ligne est Au DD, du groupe PNL, avec plus de 54 millions d’écoutes.

Une semaine après sa sortie en avril 2019, le clip comptait déjà plus de 25 millions de vues : un record pour un titre francophone. À titre de comparaison, les trois titres francophones les plus regardés sur YouTube en 2018 n’ont jamais réussi à dépasser la barre des 15 millions de vues en une semaine. Le dernier à avoir réussi un tel score est Soolking avec Liberté, une chanson devenue un véritable hymne de la contestation en Algérie…

Mansuétude des juges

Le rap est devenu la musique la plus consommée au monde. Voitures de luxe, armes, drogue, argent, femelles caucasiennes, violence, haine de la France, les ingrédients des clips de rap sont tous les mêmes. Pour sortir du lot, les “artistes” qui veulent se faire un nom doivent provoquer toujours plus pour faire réagir les médias. Le prétexte artistique n’est qu’un cache-sexe. En 2001, Sniper chante « La France est une garce et on s’est fait trahir / […] On nique la France sous une tendance de musique populaire / […] On se fout de la république et de la liberté d’expression ».

À l’époque, il était encore possible d’intervenir. Fabrice Robert, fondateur des Jeunesses Identitaires et bassiste du groupe de RIF (Rock identitaire français) Fraction, lance une campagne contre le racisme anti-blanc (déjà !). En pleine promotion de son nouvel album, le groupe est obligé d’annuler vingt concerts et Sarkozy, ministre de l’Intérieur de l’époque, de saisir la justice. L’affaire se termine par une relaxe en appel, le tribunal ayant apprécié la dimension symbolique du rap « qui ne reste avant tout qu’un mode d’expression utilisé par l’auteur pour exprimer la désolation et le mal de vivre des jeunes de banlieues ». Si parfois les politiques montrent une réprobation, ils ne contestent jamais la clémence des tribunaux censés juger des appels au meurtre, au lynchage, au viol… et les radios diffusant les titres incriminés ne sont jamais sanctionnées par le CSA qui sait être sourcilleux.

Pendez les Blancs !

En août 2019, fusillade à balles réelles lors du tournage d’un clip de Booba. Hasard, le poids lourd du rap hexagonal, avec des titres à 70 millions de vues, venait de s’éclipser. Installé à Miami depuis 2008, il enregistre avec des rappeurs US, mixe ses titres sur Autotune, parfaitement intégré à la culture globalisée. Il garde le contact avec sa clientèle du vieux continent et ne rate pas une occasion de faire parler de lui, comme son tweet contre la déclaration de Zineb El Rhazoui favorable à l’autorisation de tirer à balles pour les policiers.

En 10 ans, Nick Conrad avait sorti cinq albums avec une audience qui atteignait péniblement les 10 000 vues sur sa chaîne YouTube, la loose. Pour percer, il a dû changer de braquet. En septembre 2018, il diffuse son clip Pendez les Blancs, véritable appel au meurtre : « Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs / Attrapez-les vite et pendez leurs parents ».

Verdict des juges : 5 000 € d’amende avec sursis. Un encouragement bien compris par l’artiste qui remet ça juste après le jugement avec Doux Pays en clamant « J’ai baisé la France, baisé la France jusqu’à l’agonie. J’ai brûlé la France, doux pays de mon enfance… ». Le titre plafonne à 470 000 vues sur la page YouTube de l’artiste, une misère. Sanction : c’est le ministre de l’Intérieur qui demande l’ouverture d’une enquête. Dans la vidéo, Nick Conrad étrangle une femme blanche, symbolisant selon ses dires « la mentalité française ». Il se justifie en prenant la posture de victime du racisme.

Recycler le rap pour les beaux quartiers

Il ne faudrait pas croire que l’influence du rap est cantonnée à la jeunesse. Pour la Fête de la musique 2019, l’Élysée a invité le duo Brigitte. On ne s’éloigne pas du rap car le succès de la formation date de leur recyclage du titre de NTM (Joey Starr), Ma Benz, en 2010. Le rap mis à la portée des beaux quartiers, l’équivalent en chanson du couple mixte dans les visuels des pubs. La preuve : trois millions de vues sur le compte YouTube du Figaro Live Musique.

Un relai d’opinion et une audience politque

L’audience des artistes du rap a depuis longtemps débordé le domaine musical. Booba a sa ligne de vêtements et de parfums, ils sont dans la promotion des vêtements sportifs (Adidas et Nike), comme dans le luxe (Yves Saint-Laurent, Louis Vuitton, Dior, Max Jacobs, L’Oréal…). L’économie a parfaitement intégré la culture rap, ses codes et son discours. Elle n’a rien à leur reprocher, ils ne sont jamais réellement condamnés par les juges.

On peut regretter le manque de composition musicale, en revanche le message politique est soigneusement orchestré. À chaque occasion, les artistes y vont de leurs soutiens aux pires bobards communautaires relayés par les médias (Adama Traoré, Théo…).

Dans ce contexte, on comprend le choix de Black M pour animer les commémorations de Verdun en 2016. En décembre dernier, Vegedream était dans la délégation officielle de Macron pour sa visite en Côte d’Ivoire. Le rappeur est notamment connu pour son tube Ramenez la coupe à la maison qui était devenu l’hymne des Bleus lors du Mondial en Russie. Il chante aussi « j’vais niquer des mères. Je vais tout casser ».

Sur le front culturel musical, les rappeurs sont des alliés très utiles, des prescripteurs indispensables pour le vote des jeunes. Ils sont engagés dans le combat contre “la haine”, en se positionnant dans le courant mondialiste et antiraciste, contre tout ce qui peut relever des conservateurs et de l’identité française. En 1995, Jean-Louis Debré s’en prenait à Ministère A.M.E.R., en 2002 s’était Sarkozy contre La Rumeur, en 2003 toujours Sarkozy mais contre Sniper, en 2005 ce sont 201 parlementaires UMP contre sept groupes de rap, en 2009 la ministre de la Culture Christine Albanel contre Orelsan, en 2009 le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand contre Morsay, en 2010 Brice Hortefeux contre AbdulX, en 2016 Claude Guéant contre Nekfeu, toujours en 2016 les élus FN et UMP contre Black M et la ministre de la Culture Audrey Azoulay. Le rap s’était invité dans la présidentielle avec les groupes No One Is Innocent et Darcy qui brûlent des masques à l’effigie de Marine Le Pen en chantant « La Marine se prend pour Marianne. Mais si tu veux finir dans l’urne, il faudra te cramer, comme Jeanne d’Arc sur le bûcher » ou encore « Crève, crève, crève fille de putain, crève ». Avec la dernière “punchline” qui a vu fuser les tweets contre Julien Odoul, les rappeurs ont choisi leur camp pour les municipales. Plus besoin de faire des meetings, les artistes se chargent de la propagande. Drogue, sexe, subversion, comme le rock trente ans avant, le rap engage la jeunesse dans le grand remplacement des valeurs ancestrales. Sur le front musical, en face, qui leur répond ?

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Auteur de l'article : Thierry de Cruzy

Publication de l'article : 26 février 2020