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Mieux qu’un roman

Voici un livre passionnant terriblement mal écrit. Si on passe outre l’écriture boiteuse, la surabondance de louanges et d’adjectifs trop laudatifs, et un récit haché, on tombe sous le charme de l’histoire véridique de la découverte de la tombe de saint Pierre sous le Vatican. C’est un magnat du pétrole texan, George Strake, qui finança tout l’affaire, sollicité par Pie XII (le récit est haché parce que l’auteur tient à raconter la vie et les œuvres de Starke, conduisant ainsi deux livres en même temps : l’attelage n’est pas maîtrisé). Ceux qui ont visité la nécropole romaine sous la basilique savent le choc que représentent ces sépultures surgi des siècles, et l’émotion bizarre ressentie à considérer le petit pan de mur où quelques graffitis aidèrent à identifier les restes de l’apôtre. Deux prêtres, Antonio Ferrua et Ludwig Kaas, furent à la manœuvre mais c’est à une laïque, Marguerite Guarducci, qu’on doit la preuve scientifique. Ironiquement, c’est en repassant derrière Ferrua qu’elle découvrit la tombe, piochant dans les vestiges qu’il avait ignorés. Avec l’habituelle générosité des ecclésiastiques, Ferrua lui en voulut à mort et travailla des décennies durant à contester sa découverte, à lui interdire l’accès à la métropole. Les deux moururent, l’une discréditée, l’autre couverts d’honneurs. Benoît XVI engagea la révision des preuves de Guardacci, François confirma qu’elle avait eu raison. On est loin d’un ouvrage de spécialiste mais ces défauts font sa qualité : raconter plus que démontrer, et donner à sentir la foi des ouvriers de ce chantier exceptionnel.

John O’Neill, La Tombe du pêcheur. Artège, 2020,220 p., 12 €.
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Auteur de l'article : Madeleine Gautier

Chroniqueur théâtre