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Madame Grès, la dame au turban

Si la mode est un art éphémère, certains noms illustres comme Lanvin, Carven, Ricci et d’autres se sont imposés pour l’éternité. Madame Grès fait partie de ces créatrices au même dénominateur commun : l’énergie et la capacité de se battre, malgré les embûches inhérentes au monde implacable de la haute couture. À elles l’excellence des matières et de l’innovation et, surtout, la perfection, au prix, souvent, de nombreux sacrifices personnels.

Née le 30 novembre 1903, Germaine Krebs s’initie dès l’enfance aux rudiments de la danse, des Beaux-Arts, de la sculpture, en particulier, discipline qui la fascine. En 1920, elle se tourne vers la couture. Elle dira : « Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre ».

À partir de 1933, ses modèles prennent forme sous les couleurs de sa première maison de couture, Alix, jusqu’en 1938. Après la Libération, son succès renaîtra sous le nom de Grès, surnom du peintre Serge Czerefkov, son mari. Madame Grès, puisant son inspiration auprès d’Antoine Bourdelle, sculpte le tissu en drapés à l’Antique. Elle coupe elle-même ses toiles, partageant toutefois cette tâche avec les premières d’atelier initiées à son travail. Ses robes blanches, robes de grands soirs si parfaitement cousues et incroyablement réussies, elle les invente à même la peau. Tout en restant sobre, sa technique permettait au jersey de soie de s’enrouler sur le corps, de le mouler et ramener l’excédent en un plissé délicat qui accentuait la courbe des reins. Cette sensualité sous-jacente était une constante du style Grès. En 1976 recevant le « Dé d’or » elle précisera : « Je ne couds jamais »

Elle habille le tout Paris, les princesses de Bourbon-Parme, Greta Garbo, Katharine Hepburn… Ses présentations sont de véritables œuvres d’art. Manque une note à ce tableau, un parfum qu’elle lance en 1959, Cabochard, en référence à son caractère têtu, où s’allient le séduisant ylang-ylang, la rose de Bulgarie et le jasmin de Grasse. Curieuse et enthousiaste, animée par la volonté de toujours dominer la difficulté, sa règle était de ne jamais se laisser enfermer par l’époque et ses diktats. Ses défilés seront au même diapason, celui du succès : « pour qu’une robe puisse survivre d’une époque à la suivante, disait-elle, il faut qu’elle soit empreinte d’une extrême pureté. C’est là le grand secret de la survie d’une création ». Sa conception du vêtement devint de plus en plus minimaliste : enlever toujours plus pour ne garder que l’essentiel.

Affublée d’un turban de jersey, aussi austère et sévère que ses tenues étaient glamour et sexy, Madame Grès ne laissait rien filtrer de sa vie si ce n’est le chagrin du départ définitif de son époux pour la Polynésie. En 1988, elle disparaît de la scène parisienne et décède en 1993. Sa « griffe », synonyme de goût et de raffinement, reste à jamais gravée dans le marbre de l’harmonie et de la grâce.

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Auteur de l'article : Madeleine Gautier

Chroniqueur théâtre
Publication de l'article : 5 août 2020