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L’imaginarium de Baumier

Chantal Pelletier est l’auteur de nombreux romans et polars, notamment chez Joëlle Losfeld et à la Série Noire. Figure reconnue du monde du roman noir, cependant non dénué d’humour sous sa plume, elle s’éloigne ici des aventures de son personnage récurrent, l’inspecteur daltonien Maurice Laice, le temps de mettre les pieds dans le plat, et sans y aller avec le dos de la cuillère, pour dénoncer avec Nos derniers festins le monde « gastronomique » effrayant qui vient, ce monde où d’aucuns aimeraient contrôler ce qui se trame dans nos fourneaux et les ébats de mets dans nos assiettes. Nous sommes en juin 2044 et tout commence comme il se doit par un bon vieux trafic de foie gras agrémenté d’un meurtre par traîtrise. La prohibition alimentaire règne en France et le camembert est devenu un produit interdit. Qui veut manger en dehors des clous végan-bio-dictatoriaux doit veiller à ce que son permis à point, sorte de pastiche du permis de polluer, le lui permette, sans quoi débarque la brigade et avec elle les ennuis. Marché noir, intégristes, passionnés de cuisine qui tentent de faire survivre l’art culinaire en territoire devenu ennemi, manifestations, sociétés secrètes alimentaires, que ne ferait-on pour un filet de bœuf… Nous sommes en Provence en compagnie de deux contrôleurs alimentaires et il n’y a pas que le climat qui chauffe l’atmosphère. C’est noir, c’est drôle et surtout Pelletier ne craint pas de se mettre à dos l’autoritarisme démocratique en marche, pas plus au sujet de la gastronomie que de migrants qu’elle portraiture ici comme le lumpenprolétariat de notre siècle. Une farce en même temps qu’une féroce critique sociale. Ici comme partout, il y a toujours un maquignon qui s’engraisse.

Chantal Pelletier, Nos derniers festins, Gallimard Série Noire, 2019, 197 p., 18,50 €
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Auteur de l'article : PM