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L’État au révélateur corse

En Corse, un préfet est tombé, mais aussi des fonctionnaires, des amis, des mafieux, des demi-politiques et des innocents. La politique de l’État n’y fut que peu couronnée de succès. À moins que Marianne n’apprécie réellement la victoire du camp nationaliste corse. Sans verser dans le débat insulaire, le lecteur peut cependant s’intéresser aux impérities de la République sur l’île de beauté. Il lira avec intérêt les neuf témoignages de magistrats ayant exercé en Corse, recueillis par Jean-Michel Verne chez Robert Laffont.

Les analyses classiques abondent : guerre entre la police et la gendarmerie, fonctionnaires-missionnaires fantasmant l’idéologie jacobine au pays de Paoli, intrusions des réseaux parisiens contre les velléités d’établissement de la justice d’État en Corse. Sans parler de l’affaire des paillottes et du fameux préfet Bonnet, proche de Jean-Pierre Chevènement, qui voulut mener une politique de terre brûlée contre certains bandits tout en lâchant les hommes qu’il avait compromis. Il y eut un manque de vertu et de prudence dans l’action de l’État sur un territoire que beaucoup ne voulurent comprendre qu’à travers le folklore ou les intérêts partisans, comme le prouve par exemple l’invention d’une note distribuée aux forces de sécurité qui réglait le régime de la garde à vue en fonction des affiliations politiques des militants interpellés les armes à la main.

Ce livre permet de suivre les échecs patents des conceptions purement étatiques et administratives de l’ordre public pour régenter un peuple et son île. Il suit aussi le paradoxe d’artisans du monde judiciaire, souvent des idéologues des valeurs républicaines, mais non dépourvus de probité, installés sur un territoire par cooptation administrative plutôt que par analyse des singularités et des aspirations locales. Ce qui donne des échecs politiques dans les Deux-Sèvres conduit à l’amplification de la violence ailleurs. En Corse, la République se défendit piteusement.

Par Charles du Geai
Jean-Michel Verne, Juges en Corse. Robert Laffont, 2019, 300 p., 20,50 €
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Auteur de l'article : PM