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L’essai du mois. Les questions qui fâchent planquées sous le tapis de la république

La couverture de l’essai de Pierre Vermeren est « choc » : Déni français en vert, comme l’islamisme, sur fond blanc, ponctué de caractères en arabe. Le sous-titre en bandeau : « Notre histoire secrète des liaisons franco-arabes ». Historien et professeur à la Sorbonne, normalien, spécialiste des mondes arabes et berbères, Pierre Vermeren appuie une nouvelle fois là où cela fait mal : ce ne sont pas les relations franco-arabes qu’il étudie mais bien les « liaisons », pour le moins dangereuses – des dangers très actuels. Son précédent essai, en 2019, était tout aussi choc. Dans La France qui déclasse (Tallandier), il montrait combien les Gilets jaunes ont été une nouvelle jacquerie française, traitant aussi des nombreux maux meurtrissant la France et sa population : déclassement, souffrance économique, mondialisation malheureuse, immigration galopante, mise à l’écart de la majorité au profit d’une minorité exerçant le pouvoir politique, économique et culturel. Un livre rigoureux, tout comme l’est Le déni français. Sa voix commence à porter dans nombre de médias, elle ne saurait être accusée de tel ou tel nom d’oiseau, étant celle d’un historien et universitaire qui pose simplement des constats. Ceux de la réalité.

Son nouvel essai, Déni Français, notre histoire secrète des liaisons franco-arabes, est organisé en trois grandes parties : « L’idéologie du déni », sur les origines de la ruine de notre politique arabe, détaillant les reculs de notre diplomatie sur fond de jeu de services secrets, « La mécanique du déni », sur la corruption et le clientélisme de nos « élites », et « Le déni extérieur et intérieur » où Vermeren pose cette question : « La guerre d’Algérie est-elle vraiment finie ? ». Non, bien sûr. Larvée, elle se prolonge sur le territoire français. C’est d’une poudrière dont il s’agit tant le conflit, non réellement éteint, quoiqu’ayant changé de forme, a lieu avec la complicité de nombre de personnalités, que l’on pense aux élus du 93, à un syndicat comme Sud-Rail ou encore à des médias tels que celui d’Aude Lancelin, QG. Sans oublier nombre de gouvernants ou un ancien président de la république au jeu trouble avec le Qatar.

La collaboration contemporaine des « élites »

Ce que pose Vermeren dès l’introduction ouvre un angle de vue inédit et fondamental sur la situation de la France : « La France semble ne s’être jamais remise de la guerre d’Algérie. Ce combat de trop d’une République française affaiblie et mutilée par la Deuxième Guerre Mondiale et la guerre d’Indochine a été la faute que nos élites françaises ne cessent d’expier depuis un demi-siècle, sans que nous en ayons pris conscience. La guerre d’Algérie est au cœur de la fondation de la Ve République. Or tout le spectre politique national a contribué à cette guerre, du parti communiste à l’OAS, les socialistes et les démocrates-chrétiens s’y taillant la part du lion. Et si le paysage politique a changé depuis 1958, l’inconscient collectif politique français ne cesse de porter la marque de cette origine. Comment se reconstruire après le fiasco algérien ? La réponse se déploya à deux échelles : internationale d’une part, avec la fameuse « politique arabe » de la France, faite de compromission, de proximité et d’intérêts matériels partagés avec des régimes dictatoriaux ; à l’intérieur d’autre part, quand les élites républicaines décidèrent par étapes, en vertu de considérations avant tout morales, de transformer le pays par l’accueil de millions de musulmans, d’abord surtout algériens. Sur ces deux politiques, le peuple français ne fut pas consulté pour se prononcer ».

Ce que ne veulent pas voir les nombreux amis de certains pays tels que le Qatar, les Émirats-Arabes-Unis ou l’Arabie Saoudite ? Que l’islam n’est pas une religion comme les autres mais un ensemble totalisant où culture, religion, politique, économie et société sont inséparables. Ces aspects ne sont ni évolutifs, ni adaptables, pas plus négociables. C’est ce déni de la réalité de l’islam associé à celui de l’échec de nos politiques arabes qui fait de la France le pays ayant eu le plus de combattants dans les rangs de l’État Islamique, devant nombre de pays arabes. Pierre Vermeren nous montre en quoi et comment les « élites » qui nous gouvernent sont sous l’influence des milieux islamiques. Un livre sérieux, remettant les choses en ordre, à ne rater sous aucun prétexte.

Pierre Vermeren, Déni Français : notre histoire secrète des liaisons franco-arabes, Albin Michel, 2019, 290 p., 19,90€
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Auteur de l'article : Matthieu Baumier