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Le triomphe du lion à la sortie de l’arène

Le dimanche 19 mai 2019 au soir, sixième jour du Festival de Cannes, Anouchka Delon a remis la palme d'or d'honneur à son père Alain.

L’acteur de 83 ans a adressé un discours plein d’émotion. Le monstre sacré a évoqué sa carrière exceptionnelle et a conclu en larmes par un hommage aux deux principales femmes de sa vie, Mireille Darc et Romy Schneider. Il a par ailleurs souligné avec un humour teinté de mélancolie que cet évènement était « un hommage posthume mais de mon vivant ».

Il a tourné dans plus de 90 films, qui furent pour la plupart des succès dont plus d’une dizaine ont largement dépassé les 2 millions de spectateurs avec un pic de 6 785 909 pour Astérix aux Jeux Olympiques, dans lequel il se permettait avec maestria de se caricaturer en plein écran. Mais on ne saurait omettre de dresser une liste des œuvres les plus marquantes qui ont balisé sa longue carrière : Plein Soleil et Rocco et ses frères en 1960, Mélodie en sous-sol où il peut jouer pour la première fois avec l’acteur qu’il admire le plus, Jean Gabin, et en 1963, il est Tancrède dans Le Guépard de Luchino Visconti, en compagnie de Claudia Cardinale et de Burt Lancaster, film qui obtint la Palme d’Or au festival de Cannes, et le consacrera comme acteur emblématique.

L’acteur aux 90 films

A cet égard il faut souligner que si Alain Delon ne bénéficia pas d’une formation classique d’acteur, il sut, grâce à son instinct naturel, se rapprocher des plus grands metteurs en scène et acteurs de renom qui devinrent ses professeurs d’art dramatique au cours des tournages.

Dans la liste suivant nous avons sélectionné les films qui restent dans notre mémoire collective : La Tulipe noire, avec un rôle qui le rapproche de Jean Marais dans les films de Cape et d’Epées, Paris brûle-t-il ? dans lequel il joue le rôle prestigieux de Jacques Chaban-Delmas, Les Centurions, œuvre historique prémonitoire sur le sujet de la guerre d’Algérie, Les Aventuriers de Robert Enrico, film d’aventure mais surtout teinté d’un romantisme rare, Le Samouraï de Jean-Pierre Melville, qu’il interprète de façon quasi monacale, La Piscine, Le Clan des Siciliens, Borsalino en compagnie savoureuse de Jean-Paul Belmondo, Le Cercle rouge, forme de tragédie à l’antique de Jean-Pierre Melville, L’Assassinat de Trotski, La Veuve Couderc, Un flic, Les Granges Brûlées, Deux hommes dans la ville, Les Seins de glace, L’Homme pressé d’Édouard Molinaro d’après le roman de Paul Morand, Zorro qu’il interprètera et réalisera en 1975 pour son fils Anthony, Monsieur Klein, film sur le thème de la rédemption, Un amour de Swann où il joue le rôle ambigu du Baron de Charlus, Notre histoire de Bertrand Blier qui lui vaut d’être récompensé par le César du meilleur acteur et, en 1990, Nouvelle Vague de Jean-Luc Godard…

Après avoir décidé de suspendre définitivement sa carrière, il accepte, toutefois, en 1999, de participer au film de Bertrand Blier Les Acteurs, dans lequel il rend hommage à Gabin, Bourvil, Montand, Signoret et de Funès.

Alain Delon n’a pas hésité aussi de se risquer dans la production avec 30 films à son actif dans ce domaine. Touche-à-tout, il a aussi financé et organisé de fameux matchs de boxe, avec les combats de Jean-Claude Bouttier contre Carlos Monzón et celui de ce dernier contre José Nápoles. Il est aussi le propriétaire d’une écurie et obtient le titre de champion du monde des trotteurs avec ses chevaux Equileo et Fakir du Vivier.

Alain Delon est loin d’être une brute et son raffinement se traduit par une activité de collectionneur d’œuvres d’art, avec une prédilection pour les bronzes anciens, et en particulier pour des sujets animaliers de Rembrandt Bugatti. Il a même construit une galerie privée dans sa propriété.

Un homme qui s’est engagé

Mais Delon c’est l’enfant brisé par le divorce de ses parents, l’apprentissage dès l’âge de 14 ans, le jeune engagé d’Indochine, l’aventurier du boulevard Saint-Germain-des-Prés où il rencontre Jean-Claude Brialy qui l’invite au Festival de Cannes.

Il est aussi un homme qui s’engage en côtoyant les hommes politiques qu’il apprécie en ne craignant pas de récolter les horions verbaux des bien-pensants et du politiquement correct. Il n’a pas hésité en 2014 à exprimer sa sympathie pour le mouvement Force Vie de Christine Boutin, ou encore à déclarer, en 2013 : « Il fut un temps où, dans la rue, on distinguait les hommes et les femmes. Maintenant, on ne sait plus qui est qui. Les rôles sont moins définis, ils se sont parfois même inversés, comme avec le congé paternité. Et puis, on a l’air de sous-entendre qu’être avec quelqu’un du sexe opposé ou du même sexe, c’est pareil. Ça, c’est grave. Je ne suis pas contre le mariage gay, je m’en fiche éperdument, mais je suis contre l’adoption des enfants ! » On imagine les réactions des germanopratins…

Dernièrement, une pétition à son encontre, contresignée par des féministes américaines et autres activistes mondains, exigeait l’annulation de la remise de sa Palme d’honneur en raison des propos jugés racistes, homophobes et machistes qu’il a tenus durant sa carrière. Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, a défendu la liberté d’expression de l’acteur et rejeté fermement et avec courage cette pétition. Quant à Delon il leur a répondu déjà en un autre temps : je vous emmerde !

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Auteur de l'article : Bruno Stéphane-Chambon

Chroniqueur théâtre