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Le roi jardinier écologiste avant l’heure

L’actuel souci écologique conduit les historiens, depuis plusieurs années maintenant, à s’interroger sur les effets politiques et sociaux du climat. Deux erreurs symétriques sont dès lors à éviter : considérer que l’homme est seul responsable de l’altération de son environnement, donc sous-estimer l’indépendance de la nature ; considérer que les changements climatiques expliquent seuls l’évolution de la société, donc poser un déterminisme niant la liberté humaine. C’est entre ces deux écueils, convaincu que « même quand le facteur déclenchant est d’origine “naturelle”, son impact sur la population dépend de la manière dont la société est organisée », que Jean-Pierre Devroey mène son investigation sur les relations entre l’homme et son environnement, en concentrant son étude (minutieuse au point d’en être assommante pour le néophyte, il faut bien le dire) sur l’époque de Charlemagne, de 740 à 820. Certes « quand il fait froid, il fait froid pour tout le monde », mais « quand il fait faim, il fait faim pour ceux qui n’ont rien ou pas assez à manger », c’est pourquoi il convient d’inaugurer une « géopolitique de la faim ».

Alors que notre société redevient vulnérable aux aléas naturels, l’exemple de la résilience carolingienne s’avère éclairant. Notamment son refus du « laissez-faire » et sa politique « dirigiste » consistant à fixer un maximum du prix des grains et du pain et à stabiliser la monnaie. Exemple qui inspira, par le biais de Nicolas de La Mare, la régulation économique de Colbert et Louis XIV. Or, et c’est la thèse principale du livre, ces décisions ne furent pas uniquement motivées par des raisons politiques. La famine, aux temps chrétiens du Moyen Âge, a toujours quelque chose d’un châtiment divin. Le souverain, en bon pasteur, se doit de corriger son peuple pécheur, mais aussi de s’amender lui-même, puisqu’il existe un lien mystérieux entre la sainteté du roi et la santé de son royaume. « Les représentation culturelles ont la capacité d’influencer les acteurs politiques et sociaux qui peuvent se sentir obligés de modeler sur elles leurs comportements et leurs actions. » Au contraire d’un despotisme aveugle, le fondement religieux et populaire de la monarchie l’obligeait à être, avant l’heure, écologique.

  • La nature et le roi, Jean-Pierre Devroey, Albin Michel, 2019, 592 p., 25 €
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Auteur de l'article : Olivier de Lérins