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Le populisme mis à nu

En 1969, le populisme comptait déjà 24 critères, selon Peter Wiles, de la London School of Economics. Aujourd’hui, entre Trump, Macron, Orban, Beppe Grillo, Bolsonaro et autres Mélenchon, pour ne citer que quelques vivants, qui pourrait dire quels critères sont pertinents, quel serait le plus petit commun dénominateur ? S’agit-il d’examiner les inquiétudes de l’électorat, les discours des candidats, les actions des élus, les écarts par rapport à une pratique universelle (?), les indignations des commentateurs ? Le Pen père ou fille sont-ils des populistes, Hugo Chávez et Nasser le furent-ils ? Le Dictionnaire des populismes s’attaque à ce mot – justement mis au pluriel – qui marque une remise en cause de la représentativité, une inquiétude des élites contestées, l’irruption d’une démocratie différente, bref un changement de paradigme. Mais est-ce si neuf ? Autant dire que le populisme vient de loin : à l’article Croquants, on évoque les révoltes de 1550 contre l’impôt ; et qu’il existe partout : Juan Perón n’a pas attendu Bolsonaro en Amérique du Sud. Olivier Dard, dans Technocratie, souligne que « les populismes actuels, dans ce registre [de la confiscation de la démocratie] comme dans beaucoup d’autres, innovent beaucoup moins que d’aucuns le croient ou veulent le croire. »

Si le populisme nait à la campagne au XIXe (à la fois en Russie et aux États-Unis), et porte en lui l’espoir d’une régénération de la société (élément stable mais qui ne lui est pas propre), ses avatars sont innombrables Les auteurs rassemblés dans ce volume, qui succède au Dictionnaire du conservatisme, s’efforcent d’éclairer ce sujet protéiforme, rebelle à toute homogénéisation. Cahiers de doléance, Antisystème, Russie, Dérapage, Bernanos, Salvini, AfD (non loin d’Afrique), Mondialisation, Liberté(s)… L’article Antipopulisme dit bien à quel point la notion reste confuse et que le mot a le même pouvoir descriptif que “démagogue”… Là où le populisme révèle toute sa saveur, c’est dans la tension qu’il installe entre peuple et pouvoir, entre désir d’être écouté et aspiration à un gouvernement efficace, entre rejet des “élites” oligarchiques et désir de dictature. Frédéric Rouvillois, dans L’Ami du peuple, commentant Marat, conclut qu’« En somme, le règne du peuple ne peut se réaliser et se poursuivre qu’en s ‘appuyant sur un dictateur éclairé. » Christophe Boutin, dans Démocratie participative, se demande si « la “démocratie participative”, loin d’être une expression du peuple et une arme des populistes, n’est pas plutôt l’une des plus belle conquêtes du pouvoir oligarchique postmoderne. »

Évidemment, au fil des notices, si le populisme s’éclaire, la démocratie s’assombrit. Pierre-André Taguieff, qui rédige les notices Antipopulisme, Complotisme et Macronisme (belle cohérence), explique que « le macronisme est une forme d’adaptationnisme, susceptible de séduire ceux qui sont déjà convaincus que le salut est dans la fuite en avant ». On aura compris que ce Dictionnaire est autant un outil d’exploration du fait politique qu’une série de sémaphores sur la route du progressisme. 

 Le dictionnaire des populismes, sous la direction d’Olivier Dard, Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois. Le Cerf, 2019, 1216 p., 30 €.
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Auteur de l'article : PM