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Le mystère Clovis

Philippe de Villiers a écrit une nouvelle ciné-scénie qui se lit comme un roman, puisque c’est un roman. Mais le créateur du Puy du Fou sait que l’image et le mouvement, le décor historique, scientifiquement reconstitué ou poétiquement habillé, sont les médiateurs certains de la compréhension du drame. Nous ne sommes pas qu’intelligence. Il nous faut aussi voir et sentir, entendre et respirer. Autour du squelette de l’histoire il faut placer de chaudes masses musculaires et nous convaincre d’entrer avec le héros dans le tumulte de son existence.

C’est chose faite avec Le mystère Clovis dans lequel le lecteur, quelque peu éberlué parfois mais toujours retenu, chemine des dieux francs au Dieu de Clotilde, des complexités de l’hérésie arienne aux intrigues des royaumes barbares, de prières en assassinats et de guerres en conversion.

Le lent cheminement de Clovis vers la foi catholique est la marche d’un guerrier, mais aussi d’un roi, mais encore d’un mari amoureux. Geneviève et Clotilde veillent sur lui. Paris sort de Lutèce et ce qui va devenir la France est déjà dans le Royaume des Francs.

Clovis n’est pas un saint mais c’est un Roi et si les saints sont nécessaires pour enfanter un royaume, ils ne sont pas, à eux seuls suffisants. Remi comme Avit ou Sidoine Apollinaire, « ces évêques qui ont fait le royaume comme les abeilles font la ruche », le savent bien et, loin de confisquer le pouvoir temporel que le malheur des temps a remis dans leurs mains, ils cherchent qui serait capable de l’exercer dans le respect du droit et la protection de l’Église. Sur le chemin de la nécessaire conversion du roi, l’ermite Saint Vaast (notre Gaston moderne) est un guide sûr. Car Clovis ne se rend pas de façon magique, même après sa prière à la bataille contre les Alamans.

Il faut une éducation, un catéchuménat et, aussi, que les circonstances politiques s’y prêtent et que ses généraux comprennent. Car ce roi est un vrai Roi et s’il se comporte en simple pèlerin qui vient au baptistère, abandonné de tous, quel service rendra-t-il ? Il faut que ses hommes le suivent. Ce qui se produira et manifestera, en germe, à Reims, ce qui devra être « jusqu’à la fin des temps » dit Remi, le « saint royaume de France ».

Le chroniqueur du mystère de Clovis rejoint ici le poète de Saint Louis et de Sainte Jeanne d’Arc, encore le compagnon inséparable de Monsieur de Charette.

C’est la même âme et le même sang qui insuffle le corps et irrigue les artères de ce géant du bocage. Il n’a pas pu s’empêcher de faire venir son héros au Podium Fagi, le Puy du Fou où vivait un légendaire ermite, Saint Ignon.

Le lecteur habitué mais attentif reconnaît là un ancrage vital pour le conteur. De là à conclure que, dans nos temps modernes si proches de ces temps-là, c’est du Podium Fagi, du Puy du Fou que partiront les Charette et les Louis, les Jeanne et les Clovis du XXIe siècle, le pas est vite franchi. Ils y sont déjà, en représentation. Ils y caracolent en imagination.

Le Royaume est en puissance comme aurait dit Aristote. Qu’il vienne en acte ! C’est tout le cri, pour l’instant inarticulé, d’un peuple qui n’en peut plus.

Le mystère de l’histoire est que jamais, à aucun moment, même les plus désespérés – surtout les plus désespérés –, les Clovis ou les Louis, les Jeanne ou les Charette n’ont manqué. Ce « Saint Royaume » est vraiment voulu « jusqu’à la fin des temps ». L’ermite Saint Ignon l’a soufflé à l’oreille du Vicomte et, fidèle à son aïeul, Philippe de Villiers le clame sur les toits. Honneur à lui.

Philippe de Villiers, Le mystère Clovis, Albin Michel, 22 €.
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Auteur de l'article : Jacques Trémolet de Villers

Avocat