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Le fruit de nos entrailles

de Sophie Galitzine. Mise en scène de Florence Savignat, chorégraphie de Marc Sylvestre. Avec Sophie Galitzine et Fitzgerald Berthon.

Louison, qu’on avait découvert l’année dernière dans Je danserai pour toi, en a fini avec la révolte et la recherche : elle a trouvé Dieu et va épouser Max. Le fruit de nos entrailles est une pièce qui traite du mariage chrétien, avec ce que cela suppose d’esprit militant (heureusement allégé par l’humour) et de désir de montrer autre chose qu’un amour fou ou une séparation rationnelle. Sophie Galitzine réussit parfaitement à réutiliser la danse pour signifier l’exaltation amoureuse, les difficultés à agir à l’unisson, les incompréhensions muettes. Les passages dansés en solo de Je danserai pour toi avaient moins de force que la rapide succession des personnages si divers qu’elle interprétait seule. Là, les nombreux pas-de-deux qu’elle exécute avec l’excellent Fitzgerald Berthon ont une manière d’évidence qui emporte l’adhésion : le message est simple, il est parfaitement transmis. En revanche, la drôlerie du premier épisode reposait beaucoup sur les personnages outrés – mais réels – que l’auteur-comédienne jouait avec verve : une mère évaporée, un professeur de théâtre obsédé, un religieux à la foi robuste, tous jalons sur le chemin de sa conversion. L’ensemble était tout à la fois caricatural et rythmé. Le fruit de nos entrailles est plus intimiste et constitue moins un deuxième épisode qu’une méditation sensible sur le sens de l’engagement, de la fidélité : en s’adjoignant un comparse, en écrivant généreusement un beau rôle masculin, Sophie Galitzine abandonne un peu de sa folie, qui constitue en partie son talent (et cela seul est peut-être déjà une des preuves de ce qu’elle veut dire sur la vie de couple), et explore un territoire théâtral moins évident. Surtout quand toute la pièce tend à exalter la nature profonde du « oui » commun, à expliquer que ce « oui » est à renouveler chaque jour, à affirmer qu’il transcende les difficultés du quotidien. On perd en drôlerie, c’est certain ; et la sincérité du message ne reconstitue pas l’attrait de la fantaisie. Mais si on découvre la pièce sans avoir vu la précédente, on gagne assurément à contempler une allégorie où les corps disent, physiquement et sur scène, bien plus que le discours réducteur de la politique et des médias dont on dépasse avec le plus vif bonheur la simple équation physiologique et financière.

Théâtre Essaïon, jusqu’au 30 mars 2019, les jeudis, vendredis et samedis à 19h45.

 

 

 

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Auteur de l'article : PM