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La vie c’est la mort… La mort c’est la vie

Notre société exalte la vie qu’elle veut festive et ne programme que des œuvres de mort. La foi transforme la mort du monde présent en vie éternelle.
Ce roman vous prend aux tripes. Bien qu’il ne s’adresse qu’à l’intelligence du lecteur. Jean-François Thomas ne supporte plus l’hypocrisie du monde moderne. Molière n’avait affaire qu’à un Tartuffe. La société d’aujourd’hui – et singulièrement la France, telle que l’a façonnée la République – n’est plus qu’une immense tartufferie. Une rhétorique du pauvre, aucun amour des pauvres gens ; une rhétorique de la compassion, aucune bienveillance sincère ; une rhétorique de la religion, aucune foi en quoi que ce soit ; une rhétorique du bien commun, aucun souci de la réalité humaine et sociale. La vérité : une société, une religion, une politique, une philanthropie officielle avec ses organismes publics et parapublics qui ne fonctionnent plus que dans la démagogie. Que faire ?

Voilà un couple de Français, normaux, bons, fervents catholiques, qui adoptent un petit Philippin, non sans toutes les difficultés habituelles à ce genre de demande ; et il se révèle que l’enfant est atteint d’une maladie dégénérative qui ne peut que le conduire à la mort. En 15 chapitres bien scandés – et d’une écriture aussi fluide que précise – l’auteur met en parallèle, d’un côté, la vie de l’enfant qui se dégrade peu à peu, mais pourtant qui marche vers la vraie vie et qui aime tout des dons de Dieu, et la nature et la surnature, sa famille charmante et toute à lui, ses amis, plutôt rares, et Albert, le sage original, savant mathématicien et philosophe non moins profond, qui l’initie, l’instruit et le divertit, figure emblématique s’il en est – qui n’a pas eu son Albert dans sa vie ? – ; et, de l’autre côté, l’évolution de la société républicaine telle que nous la connaissons, mais dans une sorte d’anticipation et qui se transforme progressivement en réalité d’aujourd’hui, évolution prétendument vitale et, en fait, mortifère.

C’est la société du spectacle, telle que l’a décrite Guy Debord, une sorte de capitalisme libéral, mené par Mammon, et qui se socialise naturellement et se met en scène pour la jouissance du consommateur et la satisfaction des hommes d’argent et de pouvoir. « La vérité sociale », le consensus, pour reprendre l’expression de Guy Debord, n’est qu’« un moment du faux », de la fausseté sociale. Tout est falsification. Philippe Murray aussi en faisait la claire démonstration : la politique a perdu sa finalité. Elle est le domaine de la tromperie. Le tout est d’organiser « la grande bouffe » ! Et notre auteur la décrit avec une amère drôlerie. Il ne s’agit plus que de « mobiliser » l’homo festivus.

Jean-François Thomas décrit de façon précise l’évolution inéluctable des lois sociétales en contrepoint de la vie de l’enfant. L’œuvre de mort se présente comme œuvre de vie ; les manipulations de la corruption comme les moyens efficaces de la réussite ; le mensonge comme la vérité ; la lâcheté comme le consensus ; la religion du salut n’est plus alors que le crime absolu.

Le vocabulaire est là, archi-connu, chargé de voiler les intentions perverses et les glauques réalités. Tout est dépeint dans son exacte conformité : monde politique, ecclésial, médical, avec leur personnalités telles qu’en elles-mêmes. On s’y croit, on y est en effet, c’est bien cela. Si les premiers chapitres sont brûlants d’ironie, les derniers sont glaçants d’horreur ; et la fin est poignante.
Le roman est et sera de plus en plus véridique. À moins que l’Église et la France ne retrouvent leur voie de salut. Mais quand ?

Le goût des Myrtilles, Jean-François Thomas, sj, Via Romana, 460 p, 13 €.
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Auteur de l'article : Hilaire de Crémiers

Directeur de la publication de Politique magazine et de la Nouvelle revue universelle