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La reine Victoria, ou l’apogée du Royaume-Uni ?

La reine Victoria représente par bien des aspects une monarchie britannique immuable et traditionnaliste. Cette icône d’une période souvent qualifiée de glorieuse est omniprésente outre-Manche. Les biographies qui lui sont dédiées sont légion, y compris dans la langue de Molière. Celle de Philippe Chassaigne s’inscrit dans cette mouvance historiographique qui voit en la reine-impératrice un sujet d’importance.

Victoria naît dans une Angleterre régentée par un prince à la vie dissolue. Celle qui n’est destinée à ceindre la couronne de saint Edouard que par un jeu de circonstances, occupe la cinquième position dans l’ordre de succession. Pourtant, c’est bien elle qui règnera un peu plus de soixante-trois ans sur un empire appelé à s’agrandir. Dès les premières lignes de son ouvrage, l’historien donne le ton à son récit. Cette biographie est une ode à la puissance victorienne qui se développe dans un monde qui connaît tous les bouleversements.

Le biographe reprend les principales lignes de la vie de cette reine, de manière très classique. La malheureuse princesse, victime d’un système éducatif abusif, se mue en une jeune reine ambitieuse et arrogante. Avec Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, ils forment un couple soudé, mais antithétique, dont sont issus neuf enfants, avec qui elle entretient des relations hétéroclites. C’est par la volonté d’Albert – très précisément – que la plus grande puissance mondiale se forme peu à peu. Mais à sa mort en 1861, Victoria est dévastée. Enfermée dans un veuvage qui paraît éternel, elle repousse ses obligations publiques, mais continue à gérer les affaires du royaume, même au bon plaisir de courants républicains et indépendantistes. Néanmoins l’intervention de John Brown, un domestique écossais, fait revenir la reine à la raison, au prix de nombreuses rumeurs. La « matriarche », qui devient la « grand-mère de l’Europe », encourage une politique impérialiste. Devenue impératrice des Indes en 1876, elle représente alors un empire où « le soleil ne se couche jamais ». Au sommet de sa puissance, et forte d’une popularité grandissante, elle meurt à Osborne House en 1901.

Cette parfaite biographie de Philippe Chassaigne, foisonnant de détails, rend compte de la construction progressive de la monarchie constitutionnelle britannique, tout en démontrant le rôle prépondérant de Victoria dans l’évolution politique du Royaume-Uni et de l’Empire. Mais, aveuglé par une ferveur non dissimulée, il tourne chaque description en faveur de la reine. Quand il cite William Grenville, qui ose critiquer le physique royal, peu avantageux, il le qualifie de « langue de vipère ». L’utilisation presque exclusive des écrits personnels de Victoria participe de ce parti pris. Il trouve même en Albert et en John Brown, deux hommes aux conceptions machistes sûres, une homosexualité refoulée qui justifie leur « paraître ». Au prix de la vérité, il fait de Victoria l’emblème intouchable d’un passé illustre.

En somme, lire cet ouvrage, c’est se plonger dans l’univers victorien chéri par l’historien.

La reine Victoria, Philippe Chassaigne, Éditions Gallimard, collection Folio Biographies, 336 pages, 6,99 €.
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Auteur de l'article : PM