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La paternité révélée

Exposition d’un style original à ne pas manquer

Avec le printemps reviennent les hirondelles, les fleurs d’aubépine, et le Boissoudy nouveau.

Non loin de l’Elysée et de Matignon, au cœur des rumeurs de la Ville, la galerie Guillaume est un lieu de calme, d’inspiration et de spiritualité. Pour la quatrième année, les peintures de François-Xavier de Boissoudy nous proposent un voyage inspiré, une vision puissante mais pleine de délicatesse, une esthétique à la fois figurative et lyrique.

Après les thèmes « Résurrection », « Miséricorde » et « Marie », l’auteur déroule cette année des œuvres autour d’un titre au sujet explicite : « Paternité ».

Des visions matérialisées par des gouttes et des gouttes de pigments poussées avec le pinceau sur de grands formats. Le sépia et le brun chers à l’artiste restent la base, mais des notes plus complexes apparaissent, des nuances de bleu, de rouge… Et toujours la présence du blanc, servant une mise en lumière parfois éblouissante qui éclaire le sens des tableaux.

Les images vont de la représentation du quotidien le plus contemporain – un enfant perché sur les épaules du père cheminant dans un paysage, un couple de grands-parents unis main dans la main intitulé « Zacharie et Elizabeth » mais qui, non daté, pourrait figurer des aïeux bien familiers –, aux compositions d’inspiration biblique – une Nativité ; une série sur le sacrifice d’Abraham avant, pendant et après la rencontre au sommet ; un fils prodigue ; un Noé sous le déluge, puis après le vin ; un baptème du Christ inspiré. Et des visions oniriques d’une présence remarquable : « apprendre à marcher » dans un univers paradoxalement aquatique, avec une superbe fêlure laissant passer la lumière ; ou encore un « Saül », cavalcade aveugle extirpant Paul démonté des réalités étonnées qui l’entourent.

Boissoudy souligne :

L’Art sacré, ce n’est pas simplement raconter les Ecritures, mais montrer leur actualité, leur présence. Le sacré est le but premier, primitif de l’Art. Je veux être là-dedans.

Sa technique ? Il se définit comme, au départ, un dessinateur qui, par l’eau, convertit le trait en valeur.

L’étape suivante pourrait être la peinture à l’huile, qui peut permettre de mieux parler de la lumière sur la chair, bénie. C’est cette lumière et cette chair qui l’intéressent.

Le sacrifice d'Abraham, 2017

Le sacrifice d’Abraham, 2017

Pourquoi avoir choisi de peindre la paternité ? Son point de départ est une difficulté, celle de s’approprier la paternité divine, les paroles du Notre Père. D’où ce pèlerinage à la recherche du « Père des cieux », en suivant un trajet généalogique, depuis le début des Ecriture (cf Eve).

Pour Boissoudy, « le sacrifice d’Abraham » exprime la violence de la toute-puissance. Il rappelle que les sacrifices humains étaient une pratique rituelle répandue…En arrêtant le geste d’Abraham, Dieu fait alors passer l’humanité à l’offrande, en l’affranchissant des coutumes violentes. Ce qu’il traduit dans l’une des peintures par « laisser partir ». Le patriarche, qui n’attendait que cela, comprend, il « suit » l’Ange.

Évoquant les visuels de la Sainte Famille, Boissoudy poursuit : « Joseph est le visage du père adoptif, du père qui, finalement comme tout homme, doit adopter l’enfant né d’une femme… Au-delà, la quête généalogique mène au Fils, qui montre le Père. La boucle est bouclée ».

Parmi les nombreuses toiles exposées, la série des trois représentations du sacrifice d’Abraham – on y revient – a pour lui une tonalité déterminante :

Le choix est plus ontologique qu’esthétique, c’est Abraham qui laisse aller, le choix de la faiblesse. Moment-clé de la paternité. C’est la parole de Jean-Baptiste, il faut qu’Il croisse et que je diminue. Monter sur la Montagne, puis redescendre. Une épreuve.

On l’aura compris, cette exposition est une aventure qui mérite le détour.

Le livre de présentation rythmé par un texte de Fabrice Hadjadj (éditions de Corlevour) permet de parcourir ce chemin avec des repères évidemment pertinents.

Par Jean Chollier

 

Exposition Paternité, Patrick de Boissoudy, Galerie Guillaume, 32 rue de Penthièvre, 75008 Paris. Jusqu’au 2 juin 2018.
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Auteur de l'article : PM