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Interprétations romantiques

Installée en France depuis 2013, Galina Ermakova est diplômée de l’Académie Gnessine de Moscou, Premier Prix du Concours de musique de chambre de Kiev et Deuxième Prix de celui de Moscou. Elle se produit régulièrement en récital. Son premier disque nous propose un portrait en trois étapes jalonnant l’histoire du romantisme musical.

D’emblée, l’interprétation du Carnaval de Vienne (1839) de Robert Schumann frappe par son dynamisme galopant. Le discours avance sans jamais s’alanguir, servi par une maîtrise technique rappelant celle de Sviatoslav Richter. L’ampleur des basses et la clarté des plans se conjuguent au sentiment d’urgence qui innerve cet album. La Romance est nimbée de rêveuse mélancolie, comme celle qui imprègne le finale des Scènes d’enfants. La main gauche presque trop présente soutient efficacement la mélodie dans l’Intermezzo, infime réserve que balaie l’envolée quasi orchestrale du Finale. S’il manque un brin d’espièglerie à ce carnaval pour sonner vraiment viennois, c’est que l’imminence des réjouissances aimante la pensée narrative vers sa joyeuse et impérative conclusion.

Des six pièces de l’opus 118 (1893) de Johannes Brahms, œuvre de maturité achevée quatre ans avant sa disparition, l’artiste extrait Intermezzo et Ballade. Le caractère ténébreux de l’un est rendu avec délicatesse et l’on apprécie la rondeur sonore très sensuelle qui enveloppe cette méditation aux harmonies profondes. La flamboyance héroïque de la Ballade – que l’on rapprochera de celle de Grieg, qu’admirait Brahms – convient à merveille au tempérament fougueux de l’interprète.

C’est dans Rachmaninov que la pianiste se révèle avec le plus d’évidence. La célèbre marche des Préludes op.23 ravit toujours par son énergie débordante. Si le poco meno mosso central apparaît légèrement prosaïque, la gestion des tensions en présence permet une conclusion qui emporte l’adhésion. Des images sont à l’origine des Études-Tableaux op. 39, miniatures pianistiques de 1916 cristallisant parfaitement une atmosphère ou un sentiment. Tout y est sombre et introspectif, intégrant le chromatisme skriabinien à un pianisme virtuose époustouflant. Le thème du Dies irae, qui sous-tend le recueil entier, s’immisce allusivement dans le n° 5 Appassionato, comme pour signaler l’omniprésence discrète de la mort dans ce condensé de drame romantique. Le Tempo di marcia n° 9 s’ouvre par des sonorités de cloches que fait tinter le vent de Chine dansant autour d’une tour de porcelaine. L’argument serait tiré d’un conte oriental d’Andersen. Galina Ermakova électrise ces Études et nous en offre une version somptueuse.

  •  Schumann, Carnaval de Vienne op. 26, Brahms, 2 Klavierstücke op. 118, Rachmaninov, 2 Etudes-Tableaux op.39 par Galina Ermakova, Azur Clasical 170, 15 €.

 

 

 

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Auteur de l'article : Damien Top

Ténor, musicologue et compositeur français
Publication de l'article : 17 février 2020