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Hommage à Pierre Debray

L’écrivain royaliste et catholique Pierre Debray est aujourd’hui presque oublié. Son œuvre est pourtant importante, comme sa vie fut remarquable, ainsi qu’on a pu le voir dans l’exceptionnel n° 56 de la Nouvelle Revue universelle qui lui a été entièrement consacré. Né en 1922 dans une famille républicaine et anticléricale, il poursuit des études de philosophie qui l’amène à se convertir, en 1939, au catholicisme. Résistant durant la guerre, il s’engage à la Libération dans le journalisme politique, en tant que compagnon de route du Parti communiste. C’est par l’intermédiaire de Pierre Boutang que sa pensée va évoluer pour se rapprocher de la doctrine maurrassienne, et qu’il va devenir, à partir de 1955, un des principaux rédacteurs d’Aspects de la France. Outre la politique, il participa activement aux débats sur la modernisation de l’Église, qu’il craignait de voir se compromettre avec le consumérisme ambiant. Sa métaphore de « la cathédrale effondrée » n’en résonne que plus douloureusement après les flammes de Notre-Dame.

La nouvelle maison d’édition de l’Action Française nous permet donc de relire Pierre Debray, dont les livres sont devenus quasiment introuvables, à travers une longue étude rédigée en 1985 pour le mensuel Je suis Français – accompagnée d’une postface inédite où Gérard Leclerc présente la vie et l’œuvre de celui qu’il a bien connu. Si Boutang a surtout hérité du penchant littéraire de Maurras, Debray incarne quant à lui son côté positiviste, appliquant brillamment les méthodes de l’empirisme organisateur. Le présent ouvrage propose en effet une analyse socio-économique très rigoureuse des conséquences de l’avènement d’une société post-industrielle. En s’appuyant autant sur L’Avenir de l’Intelligence de son maître que sur des critiques contemporains de la Technique comme Mumford, il dénonce le règne de l’argent et l’émergence de l’homme-masse. Il n’en appelle pas pour autant à quelque décroissance, mais à un meilleur usage des innovations. Pour éviter que les progrès techniques n’augmentent indéfiniment le chômage, et ne retire à l’homme la dignité du travail, il faut privilégier la qualité sur la quantité, les produits de pointe qui nécessitent la main de l’homme plutôt que la grande production mécanisée et les spéculations de la finance. Cela suppose un contrôle de la banque, mais aussi le maintien d’une certaine inégalité économique. Est également indispensable une limitation de l’immigration qui, en plus d’aggraver le chômage, menace l’identité culturelle de la France. Toutes ces mesures, cependant, ne sauraient être prises par cette démocratie qui consacre un « Établissement » uniquement soucieux de ses intérêts privés et immédiats. Une seule solution par conséquent… « Le moment approche où il faudra choisir : la monarchie ou le chaos ». Ce livre, on le voit, prouve à quel point le royalisme, loin de n’être qu’une rêverie nostalgique, s’avère la plus réaliste des visions d’avenir.

  • Une politique pour le XXIe siècle, Pierre Debray, postface de Gérard Leclerc, Éditions de Flore, 2019, 290 p., 10 €
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Auteur de l'article : Olivier de Lérins