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Gérard Poulet : un élu du destin

Du Japon aux États-Unis, les quatre-vingts ans du violoniste Gérard Poulet sont amplement fêtés par le monde musical. Michel Winthrop lui consacre une esquisse biographique.

Issu d’une famille de musiciens parisiens, Gérard Poulet, natif d’Anglet, est le fils de Simone Baude et Gaston Poulet, violonistes d’exception. Son père, créateur entre autres de la Sonate de Debussy, se doublait d’un chef d’orchestre charismatique et demeure une figure emblématique de la vie musicale française du XXe siècle. « Gérard a vécu sa vie entière l’archet à la main, de la salle de classe où il a étudié le violon avant d’y enseigner à son tour, à l’estrade, interprétant les plus grandes œuvres du répertoire, en soliste ou en musique de chambre », résume son biographe.

Mis au violon dès l’âge de cinq ans, il progresse de manière spectaculaire. Il n’a que 10 ans lorsqu’il donne son premier concert en septembre 1948 au festival de Besançon créé par son père, devant Georges Enesco, Wilhelm Furtwängler, Claude Delvincourt, Pierre Fournier, Edwin Fisher. Il joue Haydn, Mendelssohn, Vieuxtemps. À 11 ans, il entre au Conservatoire de Paris dans la classe d’André Asselin et, insolemment doué, en sort l’année suivante avec un premier Prix à l’unanimité du jury. À 13 ans, il interprète le 4e Concerto de Mozart ainsi que Saint-Saëns, Fauré, Tartini avec le London Symphony Orchestra, puis la Symphonie espagnole de Lalo avec le Bournemouth Municipal Orchestra et à 15 ans se produit avec l’Ensemble Orchestral de Paris dans un programme fleuve comprenant des concertos de Bach, Beethoven et Brahms !

Meurtri par les évènements familiaux – la disparition de sa mère en 1954 et les relations parfois tendues avec son père –, il trouve un refuge salvateur dans l’étude assidue du violon, continuant à bénéficier de l’enseignement de Zino Francescatti, Yehudi Menuhin ou Nathan Milstein. Il remporte le Premier Grand Prix au concours Paganini en 1956. Son mariage en 1960 lui apporte un bonheur mérité et son épouse Colette devient son manager efficace. Lors de son service militaire en Algérie, il se lie d’amitié avec le pianiste Maurice Blanchot. Le duo effectue plus tard de nombreuses tournées pour les JMF et enregistre ses premiers disques. Le virtuose joue régulièrement avec les plus grands orchestres et Vladimir Golshman, son mentor, l’invite à moult reprises à Denver et à Sain-Louis.

Michel Winthrop décrit la place qu’occupe Gérard Poulet dans l’impressionnante lignée des violonistes célèbres. Il s’étend sur les écoles nationales, les styles interprétatifs afin de mettre en valeur ce qui caractérise le jeu de l’artiste : simplicité, rigueur, élégance, « profondeur sans exubérance, humanité contenue ». Henryk Szeryng, auquel est consacré un chapitre développé, le considérait comme son « héritier spirituel ». À l’instar de Paganini, Oïstrakh ou Prokofiev, Gérard Poulet est un brillant joueur d’échecs : « une partie d’échecs est comme la construction d’une œuvre, il y a un rythme, un équilibre indispensable à trouver. » Perfectionniste, il a cherché des décennies comment jouer Mozart ; il dépouille les romantiques des oripeaux qui les affublent et déforment la tradition ; il restitue chaque partition avec une pureté confondante. Son exigence est absolue, au point de recommencer un enregistrement des Partitas de Bach, malgré la réticence du producteur, en le payant de ses propres deniers. Bien lui en prit : ce fut l’un des succès discographiques les plus exceptionnels de ces dernières années.

Si Gérard Poulet siège au jury des plus prestigieux concours, il demeure l’un des plus importants pédagogues de notre temps. En plus de cours de maître dispensés dans le monde entier, il a enseigné au conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés, à l’École Normale de Musique de Paris et fut pendant 24 ans professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris avant d’être nommé en 2004 à la célèbre Université Geddai de Tokyo où il mène ses élèves les plus talentueux jusqu’au seuil d’une carrière de soliste international. Divers témoignages complètent le chapitre « La transmission », signés Jean-Marc Phillips-Varjabédian. Renaud Capuçon, Guillaume Sutre.

 

Gérard Poulet a réalisé de très nombreux enregistrements régulièrement récompensés. Sa discographie établie avec soin et compétence par Bruno Sacchi complète judicieusement cet hommage à l’un de nos plus glorieux artistes.

  • À lire : Michel Withrop, Gérard Poulet, un homme, une vie, MW éditions, 180 p., 20 €
  • À écouter : Bach, 6 Sonates et Partitas, 2 CD Arion ARN 268 296 • Lalo, Concerto russe, Symphonie Espagnole, Orchestre Radio Symphonique de Prague, dir. Vladimir Valek, 1 CD Praga PR 250062 • Schumann, Sonates 1 et 2, 3 Romances, avec Jean-Claude Vanden Eynden, piano, 1 CD PDD 011
  • À voir : Une leçon particulière, film de Claude Mouriéras, conception Olivier Bernager et François Manceaux, 1987.
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Auteur de l'article : Damien Top

Ténor, musicologue et compositeur français