Accueil / Culture / Gender fluid. Vous reprendrez bien un peu de littérature dite « de genre (s) » ?

Gender fluid. Vous reprendrez bien un peu de littérature dite « de genre (s) » ?

Après Un feu dans la plaine, paru en 2018 chez le même éditeur, roman mettant en scène la colère d’un homme face au devenir de la France, une colère qui préfigurait celle des Gilets jaunes, colère d’un homme ulcéré par la gouvernance de dirigeants confondant politique et management d’entreprises, start-upers sans aucune vision, Thomas Sands est de retour avec L’Un des tiens, un roman coup de poing qui, selon l’éditeur, « vous broie le cœur ». Ce qui est vrai. Un des plus beaux romans parmi ceux parus lors de la dernière rentrée littéraire. Par son écriture d’abord, ciselée, forte, tracée à un rythme effréné, tout comme l’histoire qu’il raconte, sorte de road-movie en direction d’un lieu qui, peut-être, permettrait de survivre. La situation ?
« Il neige sur Chamblin, sur le lac. Depuis l’aube, un rideau de brume s’étire près des arbres nus. Une lueur nacrée, parfois mauve, parfois bleutée, monte de la surface gelée. Les flocons tombent lentement. Le temps, la vie s’arrêtent sur la grève. On pourrait croire que rien ne s’est passé, que le pays n’a pas sombré dans le chaos, que l’Europe entière ne s’est pas écroulée… ». L’Un des tiens a la puissance de La Route de Cormac McCarthy. Un roman qui conduit à suivre la dérive de trois protagonistes, Marie-Jean, son frère, et Anna. Il y a beaucoup de souffrances, de regrets, une vie sombre, en particulier pour les jeunes femmes. Le monde d’après est dans ce roman, dramatique, un monde dont l’après n’a justement pas été anticipé. Un roman qui laisse le sentiment d’avoir lu un grand livre porté par une écriture puissante.

Thomas Sands, L’Un des tiens, Les Arènes « Equinox », 2020, 300 p., 15 €.

 

 

Ce n’était sans doute pas prévu mais L’Amitié est un cadeau à se faire s’est, depuis sa sortie en librairie, imposé comme un véritable succès critique et public. Encensé par la presse, mis en avant par les libraires, plébiscité par ses lecteurs, le roman de William Boyle est une belle réussite. L’action se déroule aujourd’hui à New-York, à Brooklyn, dans le Bronx, le New-Jersey et alentours. Un road-trip endiablé et enthousiasmant où une ancienne actrice pornographique sympathise avec Rena Ruggiero, la veuve d’un important parrain de la mafia.
Il y a aussi la petite-fille de Rena. Les trois femmes cavalent entre les balles, conduisent à fond la caisse une somptueuse Impala volée et finissent par recréer un monde, celui où elles se sentiront peut-être en sécurité. C’est un roman bourré d’humour noir, entre Quentin Tarantino tendance Pulp fiction et Thelma et Louise. Comme le firent souvent Donald Westlake et Elmore Leonard, William Boyle raconte des aventures pour le moins terrifiantes en faisant rire son lecteur. Richie, le petit ami de la fille de Rena Ruggiero, s’enrichit en massacrant le gang dominant du coin, veut fuir, se voit piquer le butin récolté par l’une des trois femmes, les poursuit tout en étant… lui aussi poursuivi par Créa, un dingue au marteau tueur. Du Tarantino dans l’encre ou presque, un roman aux images fortes qui plonge son lecteur dans une Amérique à la fois moderne et vintage. Une Amérique où, bien que l’histoire se joue en son cœur économique, tout ne ressemble pas aux buildings rutilants mais plutôt à de vieux immeubles sales et décrépits, ainsi qu’à des voitures souvent vieilles de 30 ans. C’est une des grandes forces de ce roman : un livre de l’Amérique véritable, ce pays continent où ne s’entrechoquent pas seulement les ethnies mais aussi les époques, des temps qui paraissent différents, décalés, et qui cependant se côtoient. Le tout au fil d’une course poursuite délirante, hilarante, cynique, drôle et noire. À ne rater sous aucun prétexte.

William Boyle, L’Amitié est un cadeau à se faire, Gallmeister, 2020, 384 p., 23,80  €.

 

 

De soleil et de sang est le quatrième roman de Jérôme Loubry, écrivain né en 1976 qui a su s’attacher un lectorat fidèle grâce à des histoires et des intrigues qui fonctionnent très bien, jusqu’à obtenir de façon méritée le prix Cognac du meilleur roman francophone 2019 pour son précédent roman, Les Refuges. De Soleil et de sang est un roman noir composé de façon classique, ce qui n’est pas péjoratif, du moins dans son premier tiers, alternant deux histoires, l’une se déroulant en France, l’autre en Haïti. Deux histoires liées, évidemment, et qui vont se rejoindre autour de la personne de Méline et de son mari. Tout a commencé à Port-au-Prince, dans l’une de ces vieilles demeures typiques devenue un orphelinat surnommé « La Tombe joyeuse ». C’était autrefois, plus de 20 ans auparavant, à l’époque où le pays était une dictature violente. Quand le roman démarre, l’inspecteur Simon Bélage enquête sur une série de meurtres au schéma identique et à l’apparence d’un rituel vaudou. Ce dernier point donne sa forte originalité au roman : Loubry parvient peu à peu à nous transporter à Haïti, à faire sentir la présence des esprits, des dieux vaudous de la mort et de Baron Samedi, mais aussi le poids de ce qu’est une vie d’enfant dans un tel pays. Superstition et vaudou ou crimes crapuleux ? La réponse se trouve entre les murs de « La Tombe joyeuse ».

Jérôme Loubry, De soleil et de sang, Calmann-Lévy « Noir », 2020, 414 p., 19,90 €.

 

 

 

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Auteur de l'article : Thierry de Cruzy