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Festival : Les Floréales Théâtrales

Ancienne commissaire nationale Louveteaux chez les Scouts Unitaires de France, Laura Libouton est également la fondatrice et directrice générale du festival Les Floréales, dédié à la jeune création contemporaine. La cinquième édition de cet événement se tiendra du 10 au 12 septembre 2021 au Trabendo – La Villette à Paris, ouverte au public comme aux professionnels, de 11h à minuit. À cette occasion, la dynamique trentenaire accorde un entretien exclusif à Politique magazine.

Propos recueillis par Madeleine Gautier

Ce festival au succès grandissant fête sa cinquième édition. Comment vous est venue l’idée de créer un tel événement ? Quelle est sa vocation ?

Lors de ma dernière année d’études en production culturelle, nous devions réaliser un projet pour valider notre année. À l’époque, mon amie Julie Migozzi-Tartonne était à l’administration du théâtre du Roi René (Paris & Avignon) et avait envie d’un événement un peu différent pour son lieu. Un dîner plus tard, l’idée d’un festival a émergé !

Dès le départ, trouver le bon concept a été crucial : nous ne voulions pas un événement, nous voulions une proposition engagée qui ait du sens et qui fait grandir. Très naturellement l’idée est née : un festival dédié aux compagnies de théâtre professionnelles et émergentes qui proposent un spectacle rarement ou jamais joué ; Les statuts de l’association ont été déposés le 14 mars 2014 et la première avait lieu le 3 mai… Sacré défi !

Nous avons décidé que le festival Les Floréales aurait lieu le temps d’un week-end avec un spectacle toutes les deux heures environ sur un thème décidé chaque année. À l’issue de chaque représentation, un jury de professionnels et le public sont appelés à voter en vue de décerner les différents prix du festival. Prix ou non, chaque compagnie repart avec une captation et une lettre de recommandation professionnelle.

Quand on parle de « spectacle vivant » on fait référence au fait que les artistes en chair et en os sont sur scène mais on oublie parfois que le public est bien vivant lui aussi ! C’est pour cela qu’on a mis en place le vote du public et pour développer la notion de « spect’acteur », pour confier au public une responsabilité. Pour la petite histoire, dans la Rome antique, des jeux floraux, également appelés Floralies ou Floralia en latin, étaient célébrés en l’honneur de Flore, déesse des fleurs, des jardins et du printemps. Ces festivités organisées par les Romains célébraient la floraison et le renouveau de la nature grâce à des spectacles. Lors de ces fêtes annuelles, le public était appelé à voter à la fin de chaque représentation… Quelques siècles plus tard, nous avons créé les Floréales !

Le choix de mettre en valeur le théâtre contemporain requiert d’être à l’écoute des tendances de la société et de l’art. Il nous tient réellement à cœur que la programmation des Floréales soit proche du quotidien de chacun. Notre inspiration vient du festival d’Avignon tel qu’il a été pensé à sa création en 1947 par Jean Vilar avec la notion de « théâtre pour tous ». Nous défendons un théâtre beau, grand et intelligent.

Le thème choisi cette année s’intitule « Portons nos idées haut ! ». À quels idéaux faites-vous allusion ?

Chaque année, le choix du thème se fait en équipe. Nous nous interrogeons sur ce que nous avons vu dans l’année, ce qui nous a manqué au contraire, ce qu’on aurait aimé voir… On réfléchit ensuite s’il y a un axe de création particulier qu’on souhaite mettre en valeur entre l’écriture, la scénographie, la mise en scène…

Cette année, nous voulions un thème fédérateur car l’enjeu de se rassembler, de mettre en commun les forces vives pour faire naître un projet nous semble plus que jamais essentiel aujourd’hui. Les thèmes des premières éditions (« citoyens du monde ! » ou « engagés ? ») étaient uniquement à destination des compagnies, du public… mais depuis quelque temps, nous nous incluons dedans, pleinement convaincus de la nécessité d’y aller ensemble. « Portons nos idées haut ! » c’est un mélange de bravoure, de joie, de bienveillance, d’espérance, d’amour sans niaiserie et sans compromis. C’est une injonction tendre à se lever, à dire, à oser avec respect mais conviction. Nous avons écrit un texte à propos de ce thème dont je vous donne ici un extrait :

« Oser défier l’existant par les idées et les mots.

Lever la main plutôt que le poing.

Être un aventurier de l’Idéalisme, chevalier des causes perdues, pourfendeur d’idées reçues.

Agir dès l’instant présent, parce que l’urgence est devenue le quotidien.

Choisir de devenir des exemples concrets pour des générations actuelles et futures plus instruites, plus libres, plus heureuses. Leur montrer l’espérance. Prouver qu’elle a de l’avenir.

Faisons de nos rêves une obsession : laissons-les faire fleurir en nous des concepts qui n’ont pas encore été imaginés, des idées qui n’ont pas été développées, des pistes qui n’ont pas été explorées. Nous nous devons de continuer à inventer. Nous croyons qu’il faut toujours continuer à essayer de dire. Faisons du courage un vrai mouvement !

[…] Il est l’heure de vivre, de vivre grand. »

On s’inquiétera plus tard de savoir si on a eu raison.
Mais avant, on amènera nos idées à la lumière, sur les planches, dans les têtes et dans les cœurs qui à leur tour les amèneront peut-être dans d’autres têtes ou dans d’autres cœurs.

Comment concilier sa foi catholique avec le milieu culturel et artistique d’aujourd’hui ?

Évangéliser, à mon sens, c’est d’abord vivre de l’Évangile et cette mission-là, j’aime la vivre en étant profondément ancrée dans le monde. Les premiers témoignages de foi, j’essaye de les poser vis-à-vis de mes frères et mes frères sont ceux que je croise au quotidien, qu’importe leur foi ou non. Ce sont mes collègues, les artistes avec lesquels je travaille… J’essaye de vivre de mes valeurs sans imposer ma foi car je ne crois pas que ce soit ma mission. Si on me demande si je suis catholique, je réponds oui. Si mon passé aux Scouts Unitaires de France, mouvement catholique, m’a inspiré telle décision, je le dis. Je n’en fais pas une apologie mais je ne cache rien : je partage un petit bout de moi, en toute simplicité.

J’ai été très marquée par une phrase du Pape François qui nous exhortait ainsi : « Nous ne pouvons pas devenir des chrétiens amidonnés qui discutent de théologie en prenant le thé ». Il est tellement plus facile de pratiquer « l’entre-soi », de vivre sa croyance dans un cercle restreint, aligné sur nos valeurs. Mais comment être alors des témoins forts du Christ ressuscité si on reste dans nos salons ? Concilier ma foi catholique avec le milieu culturel et artistique d’aujourd’hui, c’est juste mettre en actes ce en quoi je crois, c’est très concret. Ma mission première je crois, en tant que catholique, c’est de laisser le Seigneur faire son œuvre à travers moi.

Évidemment, il y a des défis : dans les choix de programmation, dans les décisions à prendre, notamment quand il s’agit de la gestion de projet au sens entrepreneurial du terme. Mais ce grain de sel permanent est précieux et essentiel. Il vient nous questionner, bousculer nos certitudes. Mettre à l’épreuve la solidité de notre foi c’est le défi auquel les croyants se confrontent chaque jour.

Il ne m’appartient pas de défendre un discours unique au sein des Floréales : les décisions sont nourries par chacun et le festival en est le reflet. Cela me fait énormément grandir et surtout, j’en suis très fière. Mon équipe est mon socle, une base lumineuse de confiance et d’échanges avec des personnalités radicalement différentes ! Ce sont eux qui me poussent à me dépasser. Accepter de prendre des décisions avec lesquelles ma foi est parfois en désaccord fait partie du jeu. C’est aussi ça être catholique : faire du groupe sa priorité, avoir le sens du compromis et le courage de ses responsabilités. 

 

N’hésitez pas à réserver vos places sur : www.lesfloreales.com

 

Illustration : Laura Libouton et son équipe

 

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Auteur de l'article : Madeleine Gautier

Chroniqueur théâtre
Publication de l'article : 24 juillet 2021