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Ernest Hemingway

Ernest Hemingway (1899-1961) eut une existence à sa mesure, totalement consacrée à ce que le littéraire Carlos Baker (1909-1987) nommait « la voluptueuse expérience de vivre ». Individualiste farouche, insolent, hédoniste, bagarreur, aussi sensible que romantique, Hemingway était l’incarnation de l’ivresse dans toutes ses nuances. Mais c’est avant tout par sa plume que doit être peser l’héritage de ce monument de la littérature. « Il faut (d’abord) durer » fut la règle qui le gouverna jusqu’à la conviction qu’il était temps pour lui de mourir. La pire des choses pour un écrivain est d’être à la mode. Hemingway, « Ernie » pour les amis, a duré et sa légende se porte bien. Soixante ans après sa mort, il est célébré dans le monde entier, particulièrement à Cuba qui fut son port d’attache. À 18 ans, journaliste pour le quotidien Kansas City Star, ne pouvant s’engager au front à cause d’une myopie, désirant être au cœur de l’action, il trouve le moyen d’intégrer le corps ambulancier sur le front italien en 1918. Blessé et soigné, il s’éprend d’une infirmière américaine, leur idylle sera au cœur de L’Adieu aux armes publié en 1929. Dans les années 20, le jeune homme de 22 ans, devenu correspondant au Toronto Star, accompagné d’Hadley, sa première épouse, découvre Paris. Une période déterminante s’ouvre. Présenté à Gertrude Stein qui devient son mentor, il fréquentera Ezra Pound, Picasso, Matisse, Cocteau, John dos Passos, Scott Fitzgerald, qui vient de publier Gatsby le magnifique. En 1924, suite aux conseils judicieux de Gertrude Stein, Hemingway quitte le journalisme pour devenir le reporter de l’imaginaire : Le soleil se lève aussi, Paris est une fête, hymne à la vie et à la création, Les vertes collines d’Afrique… tous ses romans connurent un succès immédiat. Toujours aux aguets, il savait s’échauffer l’esprit et engranger les doses de plaisir et d’émotions nécessaires à l’écriture que lui servaient ses expériences et ses voyages à Paris, Venise, l’Espagne, Key West, l’Afrique, et Cuba. Sans Cuba, que serait Le vieil homme et la mer, pour lequel il obtiendra, en 1953, le prix Pulitzer ? Au fond, l’ensemble de son œuvre n’est qu’une autobiographie romancée qui suscite d’autant plus d’intérêt qu’Hemingway nous livre par touches sa méthode de travail. Sa définition de l’écriture telle qu’il la concevait était d’être au plus près du réel, sans artifices avec des phrases « vraies et honnêtes » : « chaque détail que vous exprimerez représentera le tout si vous l’avez exprimé en vérité ». Sa prose, simple, précise dans un style rythmé fit de lui le maître absolu de la forme courte.

Dans la plupart de ses œuvres, les héros recherchent obsessionnellement l’affrontement avec le risque, c’est un festival de la mort ! Celle de Catherine Berkeley en enfantant dans L’Adieu aux armes, celle qui plane au-dessus des arènes où l’homme joue sa vie sera le sujet de Mort dans l’Après-midi, suicide du père dans Père et Fils, Harry mourant en brousse dans Les Neiges du Kilimandjaro… Le destin qu’il aime braver, l’amour, la guerre, il y a toujours une lutte chez l’écrivain et sans cesse ce combat avec les mots, surtout avec les mots, la littérature étant son plus sûr recours et la meilleure protection contre le temps, une revanche sur le destin ? Ernest Hemingway écrivait le plus souvent debout, derrière sa Smith Corona n °3, sa machine à écrire, estimant « qu’écrire debout donnait plus de vitalité dans l’écriture ». Curieux de tout, il n’aura laissé aucun recoin de son univers sans l’explorer, en humer tous les parfums. Le génial poète aux allures d’adolescent turbulent, fit sa dernière blague, la plus mauvaise, le matin du 2 juillet 1961.

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Auteur de l'article : Madeleine Gautier

Chroniqueur théâtre
Publication de l'article : 22 juillet 2021