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Doux amer

Michel Perrin est né en 1918 et mort en 1994. Jeune homme nonchalant, doué, ferme dans ses goûts, il a côtoyé le succès sans s’y installer, l’époque sans s’y dissoudre et la réaction sans s’y consacrer. Son fils lui consacre aujourd’hui une biographie qui est plus une évocation des années 50 à 70, avec un mélange charmant de pudeur, de regret et d’admiration, tous sentiments tempérés par le jugement, ajustés par la distance, adoucis par le temps, mais qu’on sent frémissants sous le récit d’une époque où être de droite signifiait fréquenter facilement Vialatte et Laurent, Roland Cailleux et Jean Nouyrigat ; signifiait surtout disserter sur tous les sujets, dont le jazz, aimer la littérature et en parler sans cesse dans Télé 7 jours au fil de longs articles, retrouver discrètement la foi et franchir chaque année embarqué dans la nef des amis sûrs. On suit cette carrière fragile avec intérêt, avec amusement, avec émotion : ce n’est pas si souvent que quelqu’un s’efforce de retracer un destin sans le noircir ni l’exalter mais au contraire en le posant avec délicatesse à sa juste place, petit maitre aimable qu’on a envie de redécouvrir (moins sa biographie d’Arletty, qu’il a réhabilitée, que ses pastiches, sans doute). Le fils restitue, par son écriture simple, précise, et ses sentiments à peine esquissés, tout ce qu’il a reçu du père, et cette partie de l’héritage est assurément plus forte que l’hommage de la renommée.

Remi Perrin, Michel Perrin, gentilhomme des lettres. Via Romana, 2019, 128 p., 18 €.
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Auteur de l'article : Richard de Sèze