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Devoirs de mémoire

Pour l’anniversaire de la canonisation de Jeanne d’Arc en 2020 (empêché par la Covid), l’évêque du diocèse de Beauvais, Noyon et Senlis, Monseigneur Jacques Benoit-Gonnin, avait à cœur d’honorer la sainte, ne serait-ce que pour réparer deux causes infamantes touchant à son diocèse : il est le successeur du sinistre évêque Cauchon, qui jugea Jeanne à la requête de la Sorbonne (Jeanne s’écriera : « Evêque, je meurs de par vous ! J’en appelle de vous devant Dieu ! »[1]) ; et c’est à Compiègne, ville de sa capture par les Bourguignons, que Jeanne commença son chemin de croix. Cette exposition s’inscrit dans le sillage de l’œuvre réalisée par Monseigneur Douais et Monseigneur Le Senne et se présente comme une modeste réparation aux souffrances infligées par cet évêque si politique. Cette exposition est bien une œuvre de piété et l’expression d’une reconnaissance à l’égard de Jeanne, cette sainte de la patrie, qui réunit tous les Français.

L’Oise transpire de partout de ce souhait, au XIXe mais surtout au XXe siècle, de représenter Jeanne, à travers nombre de statuaires et de vitraux. L’œil exercé de l’abbé Devred, le photographe, rend ainsi grâce à la Pucelle, au mystère de Jeanne, avec une série de photographies de toute beauté, au ton juste. L’exposition est nichée dans un cadre qui parle à l’âme : l’abbaye du Moncel, construite par Philippe Le Bel.

On y retrouve la statuaire de Marie d’Orléans, la sœur du duc d’Aumale auquel l’Oise (Chantilly) doit énormément, avec notamment Jeanne d’Arc pleurant à la vue d’un Anglais blessé. L’exposition suit le parcours de cette vie offerte : L’Appel de la Bergère, L’Épopée, La Réhabilitation, Les Combats, La Prisonnière, Une Sainte pour l’Église, Évocations de sa vie. Autant de portraits, de scènes, de vitraux.

Lors de l’inauguration, le 11 juin, l’évêque de Beauvais, Noyon et Senlis ne put cacher les sombres rôles de ses prédécesseurs des trois diocèses de Beauvais, de Noyon et de Senlis, séparés à l’époque de Jeanne. Heureusement, Monseigneur Douais (1900-1915) lança dans son diocèse le culte de Jeanne et fut un fervent partisan de sa canonisation. On lui doit l’allégorie de la réhabilitation de Jeanne d’Arc à la cathédrale de Noyon.

 

Jeanne d’Arc dans l’Oise. Exposition photographique du 12 juin au 19 septembre 2021
à l’abbaye royale du Moncel, 5 rue du Moncel, 60700 Pontpoint.

www.abbayedumoncel.fr

 

Nous ne pouvons que conseiller aux amoureux de Jeanne de commander le catalogue réalisé par Julien Serey, avec la participation de nombreuses plumes dont celle de la conservatrice du Musée Condé de Chantilly, Nicole Garnier.

Le catalogue est disponible aux éditions des Célestins
(34 rue Edouard Delafontaine – 60000 Beauvais), 244 p., 30 €.

 

Illustration : Émile Pinchon, Allégorie de la réhabilitation, 1909.

Installée en 1912 dans la Cathédrale de Noyon : comme le sculpteur avait pris comme modèles le clergé de l’époque, Jean Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims ayant les traits de Mgr Douais, évêque de Beauvais, Jean Bréhal, ceux de l’abbé Magne, supérieur du séminaire, etc. (et Jeanne d’Arc, ceux de sa femme), les pouvoirs publics avaient d’abord refusé que le groupe soit installé dans la cathédrale qui venait à peine d’être volée à l’Église.

[1] . Le pape Martin V, lui, louait « l’honnêteté des mœurs, la prudence dans les matières spirituelles, l’habilité dans les temporelles ; et autres dons de multiples vertus, clairement montrés par des témoins dignes de foi dans la personne de son très cher fils Pierre Cauchon. »

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Auteur de l'article : Bruno de Chergé

Publication de l'article : 12 juillet 2021