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Crépuscule flamboyant

Certes, La Mule n’est pas un des meilleurs du grand cowboy, mais il atteint la perfection dans l’évocation d’une fin de parcours d’un homme plus que vieillissant, qui se retrouve enfermé dans un engrenage fatidique. Un horticulteur, Earl Stone, vétéran de la guerre de Corée, qui pratiquait son art et parcourait tous les marchés et points de vente des Etats-Unis, a tout perdu à cause de la vente en direct sur Internet. Perte de sa maison et de ses plantations, perte de l’affection de sa famille due à ses absences. Sa nostalgie ? Les longs voyages sur les routes américaines durant lesquels il se sentait libre. Seul secours pour survivre : transporter de la drogue, au début sans en être conscient, pour un cartel situé au Mexique et qui opère sur le territoire américain. Sur un rythme lent mais nourri (avec l’influence de Sergio Leone), les voyages s’enchainent, avec en parallèle l’enquête des services de la DEA , en la personne d’un de ses plus brillants agents (Bradley Cooper) ; qui ne soupçonne pas qu’un vieillard puisse s’adonner à ce type de trafic.

Suite de travellings sur les paysages magnifiques du Nouveau Monde, aventures burlesques durant ses pérégrinations, dialogues parfois crus mais jubilatoires, exercice salutaire pour retrouver l’essence familiale, avec en point d’orgue l’agonie de son épouse, remarquablement interprétée par Dianne Wiest. On ne saurait omettre la séquence osée relatant une soirée orgiaque dans la propriété du chef du cartel mexicain, interprété magistralement par Andy García durant laquelle notre looser se révèle très lucide sur cette situation ambigüe mêlée de tragique.

Quant à la scène finale, l’arrestation du délinquant cacochyme, entouré par une armée policière, elle révèle un Clint Eastwood ridicule dans son accoutrement mais sans rien perdre de son élégance, dos à la camera, contemplant la longue route de sa vie, sublimement photographié, avec l’attitude d’un seigneur.

Tous les thèmes de l’amour, la famille, le mensonge, la violence se réunissent dans ce film qui aurait pu s’intituler : La Rédemption.

 

NB. Ce film a été inspiré par l’histoire de Leo Sharp, également connu sous le nom d’El Tata, ancien militaire devenu horticulteur né le 7 mai 1924 et mort le 12 décembre 2016.

La Mule (film, 2018). À présent sur les écrans. Réalisation Clint Eastwood. Scénario Nick Schenkde. Durée : 116 minutes

 

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Auteur de l'article : Bruno Stéphane-Chambon

Chroniqueur théâtre