Accueil / Culture / Civilisation / Claude Rich

Claude Rich

Claude Rich - Politique Magazine

Le jeune homme grimpait la côte d’Orgeval, pour rencontrer l’acteur qui déjà, au seuil de ses 42 ans, avait accédé au rang des plus illustres.

S’attendant à un cours sur l’art théâtral, le jeune homme fut surpris par le discours du comédien qui lui fit visiter son jardin. Chaque arbre avait une histoire, et sa grande préoccupation était de savoir si la lumière aidait le feuillage à rejoindre le ciel ou si la richesse et l’eau de la terre permettaient aux racines de faire remonter la sève pour que l’arbre croisse et étende ses bras pour embrasser le firmament.

Le soir même, il assista à la représentation d’Hadrien VII, l’histoire de l’homme qui se voulait Pape. Il comprit alors la leçon.

L’acteur

Claude Rich après avoir suivi le cours Dullin, le Centre d’Art Dramatique de la rue Blanche, intégra le Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Il y rejoignit ceux que l’on nommait la « bande du Conservatoire », Jean Rochefort, Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer …

Plus de 50 pièces de théâtre seront à son actif avec le Château en Suède de Françoise Sagan, (1960), Victor ou les Enfants au pouvoir de Roger Vitrac, (1962), Hadrien VII de Peter Luke, (1970) et en 1976 Lorenzaccio d’Alfred de Musset, mise en scène Franco Zeffirelli, à La Comédie Française. Les pièces s’ensuivent avec des succès sans précédent, pour s’achever avec, en 1989, Le Souper de Jean-Claude Brisville, qui sera repris au cinéma (César 1993 du meilleur acteur) et en 2008 Le Diable rouge d’Antoine Rault.

Au cinéma il fut tout d’abord remarqué en 1955 dans Les Grandes Manœuvres de René Clair avant d’entamer un marathon qui l’emmènera à participer à 80 films environ durant sa carrière. On citera de manière non exhaustive sa participation aux œuvres les plus marquantes, Le Caporal épinglé de Jean Renoir 1961, Les Tontons flingueurs de Georges Lautner (1963) Paris brûle-t-il ? de René Clément dans le rôle du général Leclerc (1966), Oscar avec Louis de Funès (1967) et la même année il est dans la grande aventure des Compagnons de la marguerite, de Jean-Pierre Mocky.

L’année 1968 lui permet de participer à La Mariée était en noir de François Truffaut et de tenir un des plus grands rôles de sa carrière dans le film de science-fiction Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais. De 1975 à 2004, on le retrouvera dans Adieu poulet de Pierre Granier-Deferre, Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, La Guerre des polices de Robin, La Fille de d’Artagnan de Bertrand Tavernier, Capitaine Conan de Bertrand Tavernier, Mission Cléopâtre d’Alain Chabat, Le Mystère de la chambre jaune de Bruno Podalydès, Là-haut, un roi au-dessus des nuages de Pierre Schoendoerffer.

La Télévision lui offre 22 rôles dont le Cardinal Duèze / Jean XXII dans Les Rois maudits de Josée Dayan, Galilée ou l’Amour de Dieu de Jean-Daniel Verhaeghe, dans le rôle-titre, ainsi que celui de Voltaire et l’affaire Calas de Francis Reusser. 

L’homme incomparable

Les distinctions pleuvent : 6 Césars, 5 Molières, et de nombreux autres Prix, avec en 2002 le César d’honneur.

Il est un acteur des plus étranges de sa génération, car tel un caméléon, il peut tenir le rôle d’un Pierrot naïf, d’un retors, d’un inspiré, d’un héros, ou incarner un personnage historique avec ses grandeurs ou noirceurs, tel Talleyrand. Doué d’un grand sens comique tout en finesse, il n’hésite pas toutefois à aborder le registre de la tragédie et de la désespérance.

Eduqué essentiellement par sa mère dans la foi catholique, sa fidélité restera intacte, et sans se préoccuper de l’athéisme courant dans sa profession et ignorant les persiflages, il se rendra tous les dimanches à la messe avec ferveur, n’hésitant pas à choisir la messe tridentine, devenue grâce à Benoît XVI le rite extraordinaire.

Mari de la comédienne Catherine Rich, père de deux enfants, sa générosité sans faille l’avait amené à adopter Rémy, suite au décès prématuré de son père le comédien Bernard Noël.

Le 20 juillet 2017, Claude Rich a grimpé au faîte de son arbre d’Orgeval et est parti dans la lumière. Plus celle des projecteurs, mais l’autre… Il avait 88 ans.

Partagez l'article...
Share on Facebook
Facebook

Auteur de l'article : Bruno Stéphane-Chambon

Chroniqueur théâtre