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Charlotte a sauvé David

Le « Royal Baby » n° 2 a-t-il favorisé la victoire de David Cameron ? C’est la question que pose l’historien et écrivain, parrain de Politique magazine, Jean des Cars.

La question peut paraître saugrenue, voire déplacée. Elle n’est pourtant pas anodine. Alors que l’agitation médiatique française se concentrait, par une étrange – mais régulière et peut-être nostalgique – hystérie peu républicaine, sur la naissance attendue du deuxième enfant du duc et de la duchesse de Cambridge, les instituts britanniques de sondages prédisaient une défaite du parti conservateur, annonçant que le scrutin du jeudi 7 mai serait très serré. Ces oracles certifiaient que ni le parti de David Cameron ni le parti travailliste d’Ed Miliband ne recueilleraient une majorité absolue à la Chambre des Communes et que le résultat imposerait une coalition avec les petits partis. Comme on le sait, c’est exactement le contraire qui est arrivé et, une fois de plus, les sondeurs étaient, gravement, dans l’erreur. Ils avaient omis que dans un régime monarchique, les faits et gestes concernant la famille royale sont, eux aussi, d’une profonde importance politique. Lors de la naissance de George, le premier enfant de William et de Kate, David Cameron, de son autorité de Premier ministre, avait immédiatement salué « un événement important pour la Nation ». Une déclaration qui avait été très appréciée.

Cette fois, le rapprochement imprévu entre les deux dates, celle des élections, fixée depuis longtemps, et celle de la naissance, par définition d’une précision impossible, ne fut pas prise en compte par les bookmakers. Une grave faute ! Cinq jours seulement ont séparé les deux échéances. Mais surtout l’accouchement est intervenu avant les élections. Le communiqué officiel annonçant au monde la venue de la princesse royale Charlotte, Elizabeth, Diana, a été publié au matin du 2 mai : « Son Altesse royale la duchesse de Cambridge a donné naissance, sans complications, à une fille à 8 h 34 ». La venue au monde de la princesse, désormais quatrième dans l’ordre de succession au Trône après son grand-père Charles, son père William et son frère George, âgé de 21 mois, a mis la presse du Royaume-Uni en ébullition.

Un vent de fierté monarchique

Tous les journaux radios, télévisions et circuits Internet ont consacré leurs gros titres à l’heureux dénouement. Seul The Independant, orienté au centre-gauche, ne lui a pas réservé sa « une ». C’était ignorer le vent de patriotisme et de fierté monarchique qui a submergé le pays. Et alors que l’opposition restait muette, David Cameron, avec un sens politique incontestable, fut l’un des tout premiers à féliciter le couple princier. Il ne pouvait oublier qu’il est un descendant direct du roi Guillaume IV (1765-1837) et que dans une royauté, la vie privée de la dynastie a une portée nationale, pour le meilleur et pour le pire. Nommé par la reine Premier ministre, à 43 ans, depuis mai 2010, il est le 75e et le plus jeune à occuper ce poste depuis 1812. Il a crée la surprise en faisant mentir tous les sondages et en s’assurant une majorité absolue de 331 députés sur 650. Les Travaillistes, traditionnellement bien implantés en Ecosse, ont même été balayés par les nationalistes écossais qui ont remporté la quasi-totalité des sièges dans leur région, soit 56 sur 59.

Evidemment, la question de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Europe reste posée et même celle de l’avenir institutionnel de l’Ecosse. Mais le Labour a été laminé par les Tories et se voit rabaissé à son plus bas niveau depuis trente ans. On comprend qu’en sortant du palais de Buckingham où la reine Elizabeth II venait de le reconduire dans ses fonctions, David Cameron ait été dans un climat d’euphorie. Sauf accident de l’Histoire, la petite princesse, dit-on, n’a que 3 % de chances d’accéder un jour au Trône ; mais elle sera, de toutes manières, définitivement liée à la réélection du Premier ministre conservateur et les prévisionnistes mal inspirés sont devenus des analystes prudents, voire honteux. La naissance de la princesse restera politiquement liée à l’écrasante victoire du parti au pouvoir. La centaine de coups de canons tirés pour saluer celle que le populaire The Sun qualifia de « beauté endormie » a réveillé la vie publique, la famille Windsor étant la première du royaume.

Dernier livre paru : Le sceptre et le sang, Perrin, 475 p., 23 euros

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Auteur de l'article : Jean des Cars

Publication de l'article : 23 juillet 2015