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Ceux de Cordura

«Qu’est-ce que le courage, qu’est-ce que la lâcheté ? » Ceux de Cordura (They Came to Cordura) tente, à sa manière, d’offrir des réponses. Admirablement servi par une kyrielle d’acteurs rassemblant, parmi les meilleurs du moment, Gary Cooper (Le Train sifflera trois fois, 1952), Rita Hayworth (Gilda, 1946), Van Heflin (L’Homme des vallées perdues, 1953), Tab Hunter (Le Salaire de la violence, 1958), Richard Conte (Le Mystérieux docteur Korvo, 1949) et Dick York (l’époux, à la télévision, d’Elizabeth Montgomery, la charmante Sorcière bien aimée), ce film relativement méconnu de Robert Rossen (1908-1966) mérite assurément d’être découvert.

Un mot sur le réalisateur qui fut une victime quasi expiatoire de la Commission sur les activités antiaméricaines, de sinistre mémoire. D’abord dénoncé par Jack Warner, Rossen, malade et au chômage, finit par accepter de témoigner en accusant pas moins de 57 personnes supposées « communistes ». La suite de sa carrière s’en ressentira cruellement. Cinéaste peu prolixe (dix films), il contribuera néanmoins au scénario de quelques belles réussites telles que Les Fantastiques années 20 (The Roaring Twenties, 1939 de Raoul Walsh avec James Cagney et Humphrey Bogart), L’Emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers, 1946, de Lewis Milestone avec Kirk Douglas, Barbara Stanwyck et Van Heflin) ou encore Ceux de Cordura. Réalisé en 1959, ce dernier est un véritable chef-d’œuvre (le critique et historien du cinéma, Patrick Brion, parlant même de « grand film »).

Alors que les États-Unis s’apprêtent à participer à la guerre qui fait rage en Europe (nous sommes en 1916), Washington souhaite distinguer un certain nombre de combattants pour leur héroïsme. Telle est la mission qui incombe au major Thorn (Gary Cooper) chargé, précisément, de dénicher cinq soldats pour leur bravoure au combat, à l’occasion d’une charge suicidaire contre les rebelles de Pancho Villa retranchés dans une hacienda appartenant à une Américaine, Adelaide Geary (Rita Hayworth). Une fois les cinq hommes choisis, Thorn doit les ramener à Cordura (en plus de l’Américaine retenue comme prisonnière pour trahison) pour recevoir la médaille d’or du Congrès. En chemin, les « héros » se montreront sous leur vrai visage… Filmés dans les décors arides et montagneux de l’Utah et du Mexique, les acteurs déploient toute une gamme de portraits psychologiques que vient renforcer, par contraste, la personnalité complexe d’un antihéros en quête de rédemption, magistralement campé par Gary Cooper – arborant déjà les stigmates de la maladie qui l’emportera deux ans plus tard. Parabole de la complexité de l’âme humaine, le film se présente comme un véritable manifeste d’anti-manichéisme. « Il y a deux hommes en moi et le premier ne parvient pas à s’accorder avec le second », confesse douloureusement Thorn devant Adelaide qui pense avoir découvert un double d’elle-même en ce soldat que ronge le doute et que tenaille un incoercible sens du devoir. On a plaisir à revoir Rita Hayworth se démenant comme Gilda (Charles Vidor, 1946) dans un milieu férocement masculin où la concupiscence la plus vile le dispute également à la misogynie la plus brutale. Ne parlons même pas de Van Heflin et Richard Conte, tous deux figurant des contre-modèles répulsifs de violence sanguinaire, de médiocrité et de couardise.

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Auteur de l'article : Aristide Leucate

Publication de l'article : 28 avril 2020