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Burgelin le paraclet

Avec le dernier volet de sa trilogie Bach, Cédric Burgelin parachève son cheminement spirituel vers l’impalpable.

Ses deux premiers albums consacrés au Cantor de Leipzig nous avaient enthousiasmés. Cédric Burgelin, organiste de la cathédrale Saint-Pierre de Saintes, artiste profond et atypique, complète son triptyque sur l’Avent avec l’album Consolation. L’hymne-choral Nun komm der Heiden Heiland BWV 61 (Viens maintenant sauveur des païens) sert de fil conducteur à l’ensemble de sa démarche. Au-delà du silence (Bach 1) se voulait, confie l’organiste :

« Un big-bang, une naissance des quatre éléments s’entrechoquant, à laquelle l’homme assiste par sa venue au monde, ou par la venue au monde de l’Amour, véritable bouleversement, et qui prend son sens par le souffle de l’Esprit. Nous avons besoin d’une réponse d’en-haut, notre prière ardente de l’Avent en est le déclencheur. Puis nous sommes emportés dans le tourbillon des sentiments, de la vie, pour finalement réaliser que nous portons le monde entier en chacun de nous, au tréfonds de notre infiniment petit. »

Epures méditatives et mondes en devenir (Bach 2) poursuivait les réflexions sur ce choral de l’Avent dans une abstraction progressive tendant au secret. L’imposante majesté du personnage-orgue s’y concentrait dans sa capacité paradoxale à faire entendre sa voix en douceur et en humilité.

Bach 3 arrive à point nommé en cette période hivernale pour remonter le moral des chrétiens qui ressortiront de son écoute bardés d’une confiance renforcée, dotés d’une sérénité recouvrée et armés d’une foi renouvelée. Le cd Consolation prend naturellement ancrage dans les chorals basés sur les psaumes d’interprétation du sens de la vie. La sélection et l’agencement des pièces nous invitent à une subtile et profonde introspection. Loin de toute ostentation, les registrations judicieusement choisies se plient au service de la prière intime. A l’instar de Bach, Burgelin a tout conçu symboliquement : d’où par exemple les douze plages du disque. De même qu’il parcourt tout le triptyque, le choral BWV 61 innerve le programme ici décliné. S’il n’est pas ouvertement énoncé, il est présent en filigrane dans la forme elle-même : les premières notes de chaque morceau présentent dans l’ordre une des notes de la première phrase dudit choral. Nourri d’une longue fréquentation du corpus bachien, Cédric Burgelin, guide attentionné, dévoile le cœur sensible des pièces et en transcende l’expressivité. Parmi les moments les plus exaltants : la poignante intériorité de Ich ruf zu dir, Herr Jesu BWV 639, l’étonnante Toccata et le dense Adagio du BWV 564, l’apaisante fraîcheur de la Fugue en la mineur BWV 543. La fugue conclusive de l’Art de la Fugue, inachevée, porte pareillement « une volonté de questionnement comme fondement essentiel de la condition humaine. » Et la suspension finale n’apporte évidemment aucune réponse…

Fruit d’une quête personnelle à laquelle l’actualité terrible de l’année 2018 ne fut pas étrangère, cette méditation étendue, en trois étapes, atteste d’une démarche audacieuse et non conventionnelle, d’autant plus remarquable dans le contexte musical actuel. La prise de son de Jean-Claude Benezech, au plus près du bel instrument saintais, restitue la plénitude des jeux de l’orgue de Jehan Ourry datant de 1627. Le prochain disque de Cédric Burgelin explorera les paysages euskariens magnifiés par les compositeurs du Sud-ouest (Ermend-Bonnal, de Castéra, Duboscq). Gageons qu’il nous entraînera une fois encore vers d’insurpassables sommets.

J.-S. Bach, Consolation, par Cédric Burgelin, 1 CD CB003, 12 €

Actualité des concerts sur : https://www.cedricburgelin.com/

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Auteur de l'article : Damien Top

Ténor, musicologue et compositeur français