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Animal papal

L´histoire de la papauté – au moins depuis qu’en 392 Théodose fait du christianisme la religion de l’Empire romain sur le déclin – s’inscrit dans l’aura de la figure impériale ; si celle-ci perd de sa prestance, celle du successeur de l’Apôtre Pierre en gagne.

La nouvelle autorité du Souverain Pontife s’accompagne d’un déploiement symbolique puisé, entre autre, dans le monde animal. C’est à ce bestiaire fait d’animaux réels ou fantastiques que l’ouvrage remarquable de Agostino Paravicini Bagliani, édité aux Belles Lettres, est dédié.

L’ouvrage est divisé, un peu artificiellement, en trois parties. Dans une première partie sont abordés les commencements de cette symbolique animale, avec des cas comme celui de la colombe ou du dragon, qui semblent les deux animaux présidant à la naissance du pouvoir pontifical. Chaque chapitre – et ce sera le cas pour tous les chapitres du livre – expose son propos de façon chronologique en partant toujours de l’attestation la plus ancienne relative à l’animal traité pour parvenir, le cas échéant, aux jours contemporains. La thèse de fond est que l’histoire du recours symbolique ne peut être reconstruite et comprise qu’en tenant compte des interférences réciproques, de l’histoire de la papauté en elle-même, et de la migration des charges symboliques.

Dans une seconde partie, plus importante, l’auteur traite du développement symbolique par l’adjonction d’un nombre fourni d’animaux réels ou imaginaires. On y trouvera, par exemple, le cheval, dont l’usage était commun, l’âne, qui avait une certaine place dans les usages pontificaux, l’éléphant, dont un exemplaire fut offert au pape par un roi portugais,… mais aussi, la licorne, le phénix, etc. Dans cette même partie, sont traitées des activités liées aux animaux : la chasse, interdite au clergé, la pêche, autorisée et même louée, et les courses de taureaux, toujours tenues pour suspectes quand elles ne sont pas dûment condamnées.

Enfin, une troisième partie, de deux chapitres, abordera la figure pontificale aux prises avec la critique ou la satire par le truchement de la forme animale. On y croisera donc un Pape-Ours ou un Pape-Singe, entre autres métamorphoses acerbes du Vicaire du Christ. Terminons : le livre possède une quantité non négligeable de notes et une bibliographie considérable ; de quoi poursuivre l’enquête et aller plus avant.

Ce livre d’érudition est une vraie mine pour qui s’intéresse à la symbologie, à l’iconographie ou simplement à l’histoire de la papauté. L’auteur nous fait découvrir un bon nombre d’usages oubliés parfois cocasses, voire comiques. Mieux, il s’agit d’une vraie histoire du lien entre l’Église catholique, représentée ici dans son chef visible, et le monde animal. Agostino Paravicini Bagliani apporte avec ce Bestiaire du Pape une contribution majeure qui peut, avec profit, s’articuler à un bestiaire biblique ou un bestiaire christologique plus large.

Agostino Paravicini Bagliani ; Le Bestiaire du Pape ; Les Belles Lettres ; Paris, 2018
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Auteur de l'article : Manuel Cardoso-Canelas