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À Versailles : le retour du roi Richard

André Modeste Grétry, Richard Cœur de Lion, avec Rémy Mathieu, Reinoud Van Mechelen, Melody Louledjian, Marie Perbost, Geoffroy Buffière, Jean-Gabriel Saint-Martin, François Pardailhé, Cécile Achille, mise en scène de Marshall Pynkoski, Le Concert spirituel sous la direction d’Hervé Niquet.

Inauguré le 16 mai 1770, pour les festivités du mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette, l’Opéra Royal de Versailles a 250 ans ! D’importants travaux de restauration permirent à cette salle de 600 places de retrouver la splendeur de la conception initiale d’Ange-Jacques Gabriel. Elle rouvrit au public en septembre 2009. Afin de célébrer ce double anniversaire, la fastueuse programmation conçue par Laurent Brunner accueille cette saison vingt productions d’opéras, une trentaine de concerts et trois ballets qui illustreront l’histoire de l’opéra sous la monarchie française depuis Le Ballet Royal de la Nuit (1652), où Louis XIV, âgé de 14 ans, apparut tout en or vêtu, représentant le soleil levant, jusqu’aux Boréades (1763) de Rameau, en passant par Le Bourgeois Gentilhomme (1670) de Molière et Lully, Circé (1694) de Desmarest, Sémiramis (1718) de Destouches, Scylla et Glaucus (1746) de Leclair.

Les maîtres étrangers contrepointent ce parcours : Orfeo de Monteverdi (1607), Psyché de Locke (1677) et La Flûte Enchantée (1791) qui sera chantée en français. Deux anniversaires inscrits au Commémorations Nationales complètent le tableau : celui de Berlioz, avec Benvenuto Cellini (1838) qui se verra interprété dans le « Palais de marbre rehaussé d’or », décor historique conçu en 1837 par Pierre Cicéri ; et celui d’Offenbach, dont La Périchole (1868) pétillera en fin d’année. Parmi les concerts, Beethoven sera à l’honneur l’an prochain : intégrale des symphonies, des concertos pour piano et des sonates pour violon et piano. Remarquons également la première en France d’une œuvre commandée pour le centenaire du Metropolitan Opera de New-York en 1991 : The Ghosts of Versailles (Les Fantômes de Versailles) de John Corigliano, où les personnages des Noces de Figaro côtoient Louis XVI et Marie-Antoinette.

Une résurrection attendue

Le premier ouvrage lyrique de la saison – et première production « maison » – sera le rare Richard Cœur de Lion (1784) du liégeois André-Modeste Grétry (1741-1813), compositeur prisé par la Reine. Cette « comédie avec ariettes » sur un livret de Michel-Jean Sedaine délaisse les amours mythologiques ou pastorales pour peindre un épisode historique médiéval : de retour de la troisième croisade, Richard Ier d’Angleterre est retenu prisonnier par Léopold V d’Autriche au château de Linz. Blondel, son serviteur fidèle, déguisé en troubadour aveugle, met tout en œuvre pour le libérer. Le spectacle original alternant les airs avec des danses villageoises et des scènes de batailles, mêlant les classes sociales et les atmosphères contrastées, obtint un succès considérable tout au long du XIXe siècle, initiant la mode néo-gothique qui fleurira sous le Romantisme. Ainsi le Fidelio (1805) de Beethoven, le Freischütz (1821) de Weber ou La Dame Blanche (1825) de Boieldieu sont directement redevables à Sedaine et Grétry ! La partition elle-même exerça une durable influence dans l’imaginaire des compositeurs. Le duo entre Blondel et Richard « Une fièvre brûlante » au deuxième acte inspira à Beethoven Huit Variations (1795). Il fut réutilisé par Offenbach dans son opérette-bouffe Le Financier et le Savetier (1856). Tchaïkovski reprit l’air de Laurette « Je crains de lui parler la nuit » dans La Dame de Pique (1890) et des réminiscences de ce même air se décèlent jusque dans Chanson gitane (1946) de Maurice Yvain.

Au premier acte, la fameuse romance « Ô Richard, ô mon roi, l’univers t’abandonne » célèbre l’alliance de la royauté et de la loyauté, sujet qui l’érigea en chant de ralliement des royalistes pendant la Révolution. Le 1er octobre 1789 à Versailles, les gardes du corps du Roi avaient organisé un banquet en l’honneur de l’arrivée du régiment de Flandre. À l’apparition des souverains, l’orchestre entonna l’air emblématique, repris en chœur par les officiers. La démonstration de fidélité monarchique ne fut guère prisée de tous. Très vite les gazettes répandirent dans la capitale la rumeur de l’« orgie des gardes du corps » festoyant pendant que la disette accablait le peuple. À la tribune de l’Assemblée nationale, Marat, Danton et Desmoulins appelèrent sans tarder à marcher sur Versailles. La nuit du 5 octobre fut en conséquence la dernière que la famille royale passa au château qu’elle quitta dès le lendemain pour s’installer aux Tuileries. Devenu l’un des hymnes de l’Armée des Princes, l’air de Blondel circulera longtemps dans les milieux contre-révolutionnaires avec un incipit modifié :

Ô Louis, ô mon roi

Notre amour t’environne.

Pour notre cœur c’est une loi

D’être fidèle à ta personne.

 

Tandis que l’opéra comique de Grétry marquait symboliquement un tournant stylistique et historique, en cette même année 1784, Le mariage de Figaro annonçait une ère nouvelle…

Les 10, 11, 12 et 13 octobre. Réservations : 01 30 83 78 89 et ICI
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Auteur de l'article : Damien Top

Ténor, musicologue et compositeur français