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Histoire de l’Égypte

Bernard Lugan déroule sur cinq millénaires (15 000 ans si l’on inclut les premières pages qui évoquent la période prédynastique ) cette Histoire de l’Égypte des origines à nos jours, chronologie d’un espace majeur du monde méditerranéen. Les facteurs climatiques, théologiques, politiques, sociaux, économiques, géographiques, militaires se combinent dans un récit captivant et éclairant.

Énoncer la méthode ne résume pas ce livre simple et magistral qui donne aux lecteurs des clés de compréhension ô combien actuelles. Au long de cette vallée du Nil, un ordre originel se dégage qui intègre les hommes, la terre et les dieux. Les luttes et les rapports de force se fondent dans une vision du monde structurante en phase avec les cycles naturels et « immuables » – le fleuve, le soleil, les astres – qui prélude à une autre Révélation dont les racines s’ancrent aussi dans cette terre. Christiane Desroches-Noblecourt l’avait discerné, notamment dans sa biographie de Ramsès II. C’est d’Égypte que Moïse est parti, c’est là que la Sainte Famille s’est réfugiée lorsque sa survie était compromise.

La succession des dynasties pharaoniques connut des ruptures, avec, un temps, une domination libyenne, puis assyrienne, jusqu’à l’arrivée d’Alexandre le Grand, puis la domination tardive de Rome. Le théâtre est vaste, les acteurs viendront jouer leur partie dans ce creuset depuis le Maghreb jusqu’à l’Arabie, depuis l’actuelle Turquie jusqu’au Soudan, longtemps terre chrétienne.

Mais qui se souvient que la conquête arabe, au début du Xe siècle, fit éclore en Égypte un califat fatimide, chiite, originaire de Kabylie, s’opposant aux Abassides de Bagdad ? Puis vinrent les Berbères fatimides, qui régnèrent sur tout le Maghreb et s’étendirent jusqu’au Sinaï. Qui se souvient que les chrétiens, partie intégrante du paysage, furent acteurs intégrés au départ avant de devenir, par étapes, portion congrue, peu à peu écartés puis au final quasi éliminés, hormis les coptes en Égypte ?

Ensuite pendant cinq siècles, de 1250 jusqu’à l’expédition française de 1898, le sultanat Mamelouk s’installa durablement. Classe d’esclaves guerriers « exclusivement blancs », razziés en Asie Centrale, en Russie et au Caucase, les Mamelouks formaient une aristocratie non héréditaire sélectionnée sur des critères guerriers. Arbitres lors du choix des sultans, souvent par la violence, ils contribuèrent à l’extension de l’Islam. Il est surprenant de relever que deux entités d’origine extra-orientale, les Mamelouks en Égypte et les Janissaires dans l’empire Ottoman, furent les bras armés de la conquête islamique.

Nous revisitons ensuite l’expédition de Bonaparte, qui mit fin au sultanat mamelouk, se solda par un glorieux échec stratégique, mais entraîna une redécouverte de l’Égypte et, par la mise en œuvre de sciences et techniques appliquées à la gestion du territoire, amena l’éveil d’élites locales, voie d’entrée du pays dans une dynamique contemporaine. Le pays s’émancipe vraiment après la Première Guerre mondiale, puis l’échec de la tutelle britannique. Rôle du canal de Suez, naissance des frères musulmans, seconde guerre mondiale, logiques pétrolières, rôle de Nasser et des « officiers libres », le panorama des évolutions de la région se déroule, faisant ressortir les permanences de « noyaux durs » : certains persistent depuis les temps antiques, comme la dualité Cyrénaïque/Tripolitaine en Libye… La mémoire longue est bien une condition de la lecture pertinente de l’histoire !

Ce livre se lit comme un roman, rendant moins exotique et moins hermétique « l’Orient compliqué ». Loin des jugements et des polémiques, il suffit de suivre le « fil bleu » allant du delta aux sources du Nil, pour mieux comprendre l’histoire d’un grand pays dont les péripéties ne nous sont pas aussi étrangères qu’on pourrait le penser.

Bernard Lugan, Histoire de l’Égypte. Des origines à nos jours. Le Rocher, 216 p., 22,50 €.
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Auteur de l'article : Jean Viansson-Ponté