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LITURGIE : LE “DOSSIER HISTORIQUE“ DE L’ABBÉ BARTHE

Au moment où l’Église de Jésus-Christ vit la crise la plus profonde de son histoire bimillénaire, il y a quelque chose de paradoxalement rafraîchissant à se remettre sous les yeux l’enchaînement des événements qui, depuis les années 60, ont détruit peu à peu l’édifice liturgique conçu au fil des siècles et codifié par le concile de Trente. Il faut dire que l’abbé Claude Barthe, qui s’est attelé à cette entreprise, a le cuir assez dur pour garder son sang-froid en toute circonstance. Sa plume sait conserver une parfaite équanimité pour évoquer avec exactitude les moments les plus éprouvants du grand bradage de la liturgie romaine.

L’abbé Barthe, on le sait, est un spécialiste de l’histoire de la messe. Dans son avant-dernier ouvrage, Histoire du missel tridentin (Via Romana, 2016), il avait souligné un effet pervers de la logique tridentine : en concentrant le pouvoir liturgique dans les mains du pape, elle avait sans doute permis des réformes aussi positives que celle du bréviaire par Pie X en 1911, ou celle de la Semaine sainte par Pie XII en 1955 – mais avait aussi rendu possible « de sortir de la liturgie tridentine par voie d’autorité, le missel de Paul VI remplaçant celui de Pie V. » Toute l’économie du dernier livre de l’abbé Barthe, La messe de Vatican II, se situe entre la description clinique de cette funeste évolution et un tout autre constat qu’il fait au fil de son récit : la réforme liturgique post-conciliaire n’a cessé d’être accompagnée de sa propre contestation. « Tout le monde, écrit-il, a pris la mesure de l’impossibilité de réduire la contestation de la réforme. Jean XXIII et Paul VI, « princes éclairés », avaient présidé à la fin du modèle tridentin. Mais du coup le corset disciplinaire tridentin ne contraignait plus personne… pas même les défenseurs de Trente. » C’est ainsi que put s’appliquer le principe d’Hölderlin selon lequel là où croît le péril croît aussi ce qui sauve.

Certes, comme l’écrit le P. J.-F. Thomas dans l’article qu’on peut lire p. 22 de ce numéro, « le mythe du progrès continu a succédé à l’attachement à la tradition apostolique sans cesse reprise et approfondie ». Mais, comme le remarque Marcel Pérès, fondateur de l’ensemble vocal Organum, que cite en exergue l’abbé Barthe, « l’idéologie du progrès continu a aujourd’hui quelque chose d’obsolète ».

Il n’y a nulle contradiction à dénoncer le mal terrible qu’aura fait aux âmes cette idéologie délétère et à souligner, dans l’espérance, l’importance du maintien, même minoritaire (mais « non pas mineur », note l’abbé) de la liturgie tridentine : « Pour l’avenir, dans le cadre d’une volonté de relèvement, c’est auprès d’elle qu’une politique de réforme de la réforme pourra trouver un point d’appui. » Cet impeccable et désormais incontournable dossier historique en apporte la preuve.

Claude Barthe, La messe de Vatican II, dossier historique, Via Romana, 2019, 24 €
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Auteur de l'article : Christian Tarente

Journaliste