Un retable baroque sur Fatima

par 26 décembre 2015 0 commentaire
fatima

Depuis les apparitions de l’ange en 1916 puis de la Vierge en 1917, le village de Fatima au Portugal est devenu l’un des plus importants sanctuaires mariaux du monde, accueillant chaque année plus de 4,5 millions de personnes. Officiellement reconnues par l’église dès 1930, ces apparitions fascinent par leur dimension prophétique. La Vierge y a annoncé les grandes menaces du XXe siècle : l’Enfer, les ravages de la guerre sans la consécration de la Russie à son Cœur immaculé et l’assassinat d’un pape par des soldats. Le cinéma s’était emparé du sujet l’an dernier avec M et le 3ème secret, un documentaire sur les révélations du dernier message de la Vierge, rendu public par Jean-Paul II. Conte noir enchâssant les références aux films des années 30, Le 13ème jour prend résolument le parti du cinéma et de l’image pour offrir un spectacle digne de la nature fantastique des évènements de Fatima. Les souvenirs de Sœur Lucie, qui fut longtemps le seul témoin encore vivant, forment la trame d’un récit ultra stylisé qui emprunte copieusement à l’esthétique expressionniste des œuvres d’Eisenstein ou de Murnau – une scène où le gouverneur de la région arrive en calèche pour confondre les enfants reprend la célèbre arrivée de Hutter dans l’antre de Nosferatu –, tandis que les réalisateurs anglais ont transformé les visions de la Vierge en véritables feux d’artifice d’effets numériques, dont l’intégration, faute de moyens hollywoodiens, n’évite pas toujours le kitch. Le climat de suspicion, la pression psychologique qui s’exerce à l’encontre des enfants qui sont seuls à voir, le calvaire de la moquerie qui fragilise les familles donnent un relief bienvenu à cette image pieuse volontairement naïve. Il faut en fait voir ce film comme un retable baroque, comme une peinture qui emporte l’imaginaire, et qui, par ses jeux visuels, entend confondre la raison pour mieux toucher au cœur. On ne peut que se réjouir de cette orientation, qui a fait sa preuve à travers l’histoire et par laquelle l’église d’aujourd’hui a certainement tout à gagner dans sa mission évangélisatrice. Un mouvement mondial voit d’ailleurs l’essor d’un cinéma chrétien, particulièrement aux états-Unis et en Italie. On doit à SAJE Prod, spécialisé dans la distribution de films religieux, la sortie du 13e jour sur notre territoire, même si le film est paru dès 2009 en Grande Bretagne et aux Etats-Unis…

Le 13e jour, de Ian et Dominic Higgins, en salles.

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Publié dans : Cinéma, Culture

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