Socialisme : Hollande m’a tuer

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On savait le piètre représentant de l’exécutif dans un piteux état politique, comme jamais dans la Ve République, mais la question est de savoir si ce président socialiste aura réussi à nous débarrasser, avec lui, du socialisme et des socialistes. Deux hypothèses sont possibles : que les socialistes comprennent qu’il les conduit au naufrage et ils s’en serviront comme bouc émissaire – il prendrait alors sur lui tous les erreurs du mandat et dédouanerait ces derniers du naufrage -, ou bien, à l’inverse, l’échec de Hollande est celui du socialisme que ses maigres talents et les circonstances ont contribué à souligner.

Nous penchons pour la deuxième hypothèse. Hollande aura été le catalyseur du pourrissement du mouvement qu’il était censé représenter. Le Calimero de l’Élysée, l’homme qui trouve tout difficile, est désormais la risée de tout un peuple. Il joue l’unité nationale face à l’État islamique pour se refaire une stature qu’il n’obtiendra pas. Faisons donc le pari d’une liquidation, non seulement du personnage, mais aussi de son courant. La déclinaison des socialismes est multiple. Nous en avons identifié trois.

Hollande héritier de 1968

A tout seigneur tout déshonneur, si l’on peut dire. Son socialisme est un gauchisme hérité de 68. Il y a du soixante-huitard dans le personnage : le meurtre du père, le désordre des mœurs, sont des revendications soixante- huitardes tout comme le concubinage avec la mère de ses enfants et autres maîtresses. Le Président de la République, qui n’a jamais connu la guerre, a choisi de la faire à la société française avec le « mariage pour tous », dans cette même logique de subversion des mœurs. On pourra m’opposer que nous sommes loin du socialisme. Au contraire, nous y sommes : tous les mouvements socialistes, à leur origine, ont été affectés par ce socialisme des mœurs, y compris chez ceux que Marx qualifiait de « non scientifiques ». Par la mise en commun des femmes, par exemple. Même la révolution bolchévique fut à ses origines pour l’union libre et autres changements des mœurs. Le camarade Staline y mit bon ordre, lui qui se contenta de l’appropriation collective des moyens de production et non de ceux de la reproduction. Fils spirituel de Marcuse et de Reich (ce dernier critique obsessionnel de la famille), les vrais inspirateurs de 68, Hollande a choisi la subversion des mœurs qui constitue une appropriation par l’État de la norme morale et un refus de la loi naturelle. Aussi bien le triste Peillon, l’analphabète Hamon et, aujourd’hui, la pétulante Vallaud-Belkacem sont des commissaires politiques en charge de l’Éducation nationale, d’accord sur une fatwa, pardon un oukase : il est interdit de distinguer les sexes. Le sexe est déterminé par le choix de l’individu, il est une construction sociale et culturelle imposée par l’État (l’état civil), un acquis pas un inné : c’est du Michel Foucaud fabricant la contre-culture aux lendemains de 68. Mais, ruse de l’histoire, il faudra aussi recourir à l’État, pour ce qu’il en reste, afin d’imposer le nouvel ordre moral dont Taubira se fera l’intransigeante gardienne. En attendant, le président, sciemment résolu à bousculer les mœurs dans la loi, les ayant bousculés aussi dans sa vie privée, en paye le prix. Cela lui revient dans la figure avec les règlements de compte, façon people. Après Trierweiler, voila maintenant l’ineffable Aquilino Morelle qui « balance » en le traitant d’enfoiré… « Sous les pavés la plage ! » Les loisirs, la fête permanente, l’anarchisme jouisseur, l’hédonisme obligatoire : les fruits amers de la subversion nihiliste de 68 cadrent mal avec la sacralité de la fonction présidentielle sous la Ve République. La politique est dans le caniveau.

Le socialisme ploutocratique.

Il est celui de Hollande mais aussi celui d’Édouard de Rothschild, entré au capital de Libération, celui de Bergé, de Matthieu Pigasse (Banque Lazard) et de Niel (Free), de Bruno Ledoux (Bl Holding Medias) et Patrick Drahi (Numéricable et SFR). Les 200 familles d’Édouard Herriot ont changé de camp depuis les années 1920. Ce gotha soutien aujourd’hui Libé, en perfusion du gros argent et incapable de survivre sans ce soutien sonnant et trébuchant. Tout un symbole : ce journal aux origines subversives est devenu le gardien vigilant de l’ordre moral socialiste ! Singulière ruse de l’histoire, encore une, que le sort contemporain de ce journal fondé par Sartre et se déclarant maoïste ! C’est là que se joue en effet une des contradictions de la doctrine en question. En effet, le socialisme s’est toujours déclaré international mais, pour réussir auprès des masses, il doit redistribuer, confisquer, dépenser, car ce socialisme a été partiellement contaminé par le keynésianisme des « élites » technocratiques nourris au lait d’une politique de la demande enseignée à Sciences Po et à l’Ena. Une telle politique ne peut réussir qu’au prix de la fermeture de l’économie nationale. C’est d’ailleurs en partie ce qui s’est passé pendant les Trente Glorieuses. L’économie française, relativement fermée, profita d’un puissant mouvement de redistribution de l’État stratège. Mais, dès lors que les frontières ont été ouvertes et que le ressort de la concurrence a joué pleinement, les socialistes ont été exposés à une logique mortelle. Ayant longtemps piaffé aux portes du pouvoir sous la Ve République, ils y sont parvenus lorsque la logique qui s’appliquait en France était battue en brèche par le processus de mondialisation, de telle sorte que leur politique, il est vrai appliquée aussi à droite, s’inscrit à contre temps de l’évolution historique. Il fallait choisir entre Rothschild et Georges Marchais. On connait la suite. La mondialisation voulue par la classe politique, signa l’abandon du peuple par la gauche et celui de la nation par la droite !

Mais plus que tout encore, le capitaliste, on le sait depuis Marx, est naturellement enclin au monopole. Or, la crise qui est survenue à partir de 2008 a été analysée à tort comme celle de l’ultralibéralisme : les théories néoclassiques en vigueur depuis les années 80 se seraient fracassées sur la réalité économique à telle enseigne que tout le monde, surtout en France, s’est félicité du retour de l’État (il aurait donc été absent avant 2008 malgré le fait que plus de 50% du PIB transitant déjà dans ses comptes !). Mais aussi, du retour de Keynes lequel, avec l’État, aurait retrouvé une légitimité.

Rien n’est plus faux ! La catastrophe qui dure est d’abord due aux défaillances, non seulement du système financier, mais du système intellectuel qui le soutient. Les fameux crédits subprimes furent les produits d’un marché bancaire qui était tout sauf libre aux USA, mais fortement réglementé comme en Europe et en France. La pseudo solution à cette crise a été trouvé dans la substitution de la dette publique à la dette privée. Il s’agissait de venir au secours de la finance grâce au concours des États dont les finances déjà mises à mal par des années de déficit budgétaire (en France, plus de budget en équilibre depuis 1976), ont été ainsi intoxiqué à leur tour. La présence d’un ancien de chez Rothschild aux Finances (Emmanuel Macron) traduit bien cette copulation monstrueuse de l’État et de la banque, laquelle est corporatiste, hyper réglementée et cartellisée. Celle-ci trouva dans son partenariat avec l’État, bien à l’abri de la Banque Centrale et de l’Euro qui est une monnaie elle-même totalement étatique et régulée, les moyens de se dérober à la concurrence. La socialisation des pertes qui s’est ainsi opérée, a pour conséquence, bien entendu, que ce sont les contribuables et les chômeurs français qui payent. Tandis que les banques, dont les engagements représentent pour les quatre principales banques françaises, 4 fois le PIB, accumulent, pour un temps encore, des profits considérables qui sont des profits de monopole. L’astuce dans cette affaire étant que la banque et ses complices de l’État ont laissé entendre que leur survie était due au marché, alors que, si celui-ci avait joué pleinement son rôle, elles n’eussent pas survécu. La seule chose qui soit privée aujourd’hui, c’est les super profits qu’elles accumulent, tandis que les Français payent et paieront comme les Grecs et les Espagnols. Ce sont là tous les ingrédients d’une crise de régime à venir. Hollande n’en est que l’insignifiant petit marqueur par sa médiocrité, sa lâcheté et son impuissance.

Quand le socialisme n’est plus dans le socialisme

Les Français, à travers les sondages, ne se disent pas majoritairement de gauche. Ils seraient néanmoins surpris d’apprendre qu’ils sont 41% à penser que le système capitaliste est totalement défaillant tandis que les allemands ne sont que 9% à le penser (enquête de Globscan). L’anticapitalisme ne fait pas un socialiste, mais il s’enseigne sur les bancs de l’école, sous la forme d’un néo-keynésianisme mâtiné de programme du CNR et d’un peu de colbertisme mal compris. A dire vrai, l’antilibéralisme comme l’anticapitalisme n’est ni de droite ni de gauche. Il est français. La confiance accordée à l’État est, en France, démesurée même s’il existe bien une gêne frondeuse du citoyen à l’endroit des impôts et des politiciens. Mais la majorité ne voit pas d’autre solution que dans l’État. L’idée nietzschéenne de l’État comme le plus froid des monstres froid n’est pas inscrite dans le logiciel français, pas plus l’idée que celui-ci ment lorsqu’il prétend : « Je suis le peuple » (Nietzsche toujours). Pire encore, s’il n’est pas Big Brother, les français le voient plutôt en Big Mother : une marâtre dotée, a priori, d’une « supériorité morale » sur le privé ! On ne voit guère les fondements intellectuels d’une telle pensée. Il ne vient pas à l’idée des Français, face aux problèmes actuels, que l’État est leur problème. Au contraire, c’est à lui qu’ils demandent de résoudre leurs problèmes sans que l’opinion s’interroge vraiment sur la légitimité de ses actions. Le socialisme durable qui a influencé toute la société française ne nous aura laissé qu’un culte un peu dévot et naïf de l’État alors même qu’il est entré en voie de déliquescence dans les missions où il avait sa légitimité, autre ingrédient d’une crise de régime annoncée.

Ainsi donc requiem pour la gauche et pour le socialisme ? Valls s’en est inquiété. Le socialisme peut mourir a-t-il affirmé. En tout état de cause, le capitalisme est lui-même en train de se modifier. C’est d’ailleurs dans sa nature : il est protéiforme et la crise est, non pas l’occasion de sa chute, mais le moyen de sa transformation, alors même que la mondialisation, pour sa phase commencée dans les années 80, connaît un sérieux coup d’arrêt. Il appartiendra aux esprits éclairés en France de faire le bilan de ces trente années. Eric Zemmour a commencé à le faire avec son dernier livre le Suicide français tout empreint d’une nostalgie de… l’État. Nous passerons immanquablement par une profonde crise de régime. Ceux qui réfléchissent à l’après devront impérativement s’interroger sur la place de l’État qui, pour avoir façonné la France au cours des siècles dans les esprits comme dans les institutions politiques et économiques, constitue aujourd’hui un obstacle à sa renaissance. Voilà qui ne se lit guère dans les programmes des partis politiques.

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Publié dans : Tribune

A propos de l'auteur:

Enseignant, journaliste et homme politique français

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