Ne soyons pas (trop) connectés !

par 7 février 2017 0 commentaire
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Les argumentaires des fabricants d’automobiles se plaisent à vanter les performances de leurs systèmes qui – un jour prochain – aboutiront à  la conduite quasi-automatique. On se gare déjà sans toucher au volant, ce qui est spectaculaire et bénéfique.

Le garage sait tout sur le véhicule et peut donc rappeler au conducteur qu’il est temps de faire une révision. Parfait. Ce sont des progrès pour autant que le « sachant », celui qui dispose des informations, n’abuse pas de cet avantage. Car il peut aussi altérer le système, de sorte qu’il préconise, par exemple, de changer les pneus un peu plus tôt que nécessaire… Qui s’en apercevra ? Le scandale des moteurs diésel bidouillés apparu chez Volkswagen montre que des fraudes sont réalisables à grande échelle. Selon la politique marketing de l’entreprise et selon « le profil » du client, on va lui imposer telle solution avec l’autorité irréfutable de la science (« c’est l’ordinateur qui le dit »).

Le profil

Ah, le profil… Grâce aux multiples objets connectés et aussi aux informations fournies fort imprudemment et bénévolement par tout un chacun (Facebook), chaque individu commence à être classé, catégorisé dans un profil-type. Il y a toujours  eu des imbéciles pour dire « Monsieur Untel s’appelle « de » , il habite à Neuilly et va à l’église , il vote donc Front National ! » Mais ces jugements à l’emporte-pièce n’entrainaient pas de conséquence grave. Demain tous nos goûts seront identifiés,  jusqu’à définir le type de personne que nous sommes.  Nous serons donc supposés prédéterminés à penser et à agir de telle ou telle façon. Les sondages d’opinion deviendront inutiles ! Le DRH écartera d’emblée les candidats qui n’ont pas le « profil du poste », alors que l’on sait l’importance décisive de l’entretien d’embauche où les deux parties cherchent à voir s’il existe une voie de succès commune. Et quelle sera demain la place des personnalités hors-normes ?

Le profil détermine aussi le « protocole » à appliquer à l’hôpital. Faute de temps, beaucoup de médecins ne peuvent plus dialoguer avec le malade et exercer leur jugement, si important dans bien des cas (et c’est la partie intéressante de leur métier). Ils se limitent à suivre le parcours-standard préconisé dans les manuels. Au moins, ils sont à l’abri d’un procès…

Adieu la liberté

Les programmes de vente des entreprises seront orientés selon les catégories où sont classés les clients potentiels. Impossible d’y échapper. On ne nous proposera jamais une solution qui ne colle pas avec notre profil. Et on décidera à notre place de ce qui nous convient. Adieu la liberté, le droit de changer de comportement… C’est la tyrannie du profil ! Et n’oublions pas la tentation criminelle de modifier les données collectées, par exemple par Daech.

Finalement, est-il bien souhaitable – sauf nécessité médicale – d’avoir une montre connectée qui  divulgue illico tous nos paramètres, une voiture  qui dit tout ce que nous faisons, une tablette qui révèle tout de nos gouts ? Oui c’est utile, mais  à ceux qui nous épient jour et nuit  pour nous diriger à notre insu ! Qu’aurait fait un résistant au nazisme dans un système ainsi verrouillé ? Il y a de par le monde bien d’autres dictatures…

La vie professionnelle actuelle exige certes d’adhérer au système sauf à être  marginalisé. Mais évitons d’en faire trop. Limitons comme les avions militaires notre « signature » dans le ciel. Et surtout, édifions une cloison étanche entre notre vie privée et notre vie professionnelle et publique. La survie est à ce prix ! Nos ancêtres le disaient déjà, « pour vivre heureux,  vivons cachés« .

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Publié dans : Tribune

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