Le changement, c’est maintenant

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Édito du numéro 159, février 2017 > A commander ici !

Les Français sortiront de la campagne présidentielle usés, fatigués, plus divisés que jamais. Tous les regroupements électoraux – et, en fait, électoralistes – qui s’effectueront au second tour seront faux, viciés.

Il n’y a pas de véritable principe de rassemblement. Ni à gauche, ni à droite. Les divisions s’accentueront. Le pays se ressentira d’une profonde insatisfaction. Des catégories entières s’estimeront lésées et, jusque dans les administrations, le malaise pourra provoquer d’étranges ruptures.

Le prochain président doit le savoir : on ne succède pas en vain à Nicolas Sarkozy et à François Hollande. Le système ne s’est pas amélioré ; il a empiré. La question est de savoir maintenant s’il est seulement améliorable. Non, car la mécanique sociale et politique que les Français sont censés avoir choisie et qui les broie régulièrement et maintenant continûment, est implacable et ne leur laissera aucun répit. Jusqu’au jour où…

Il en est un qui l’a parfaitement expliqué aux gens de gauche : c’est Jean-Claude Michéa. Dans son dernier livre Notre ennemi, le Capital (Climats), il reprend sa même critique pertinente de la gauche culturelle, celle qui domine singulièrement le Parti socialiste. Et, d’une manière générale, toute la gauche, celle des médias en particulier.

En maniant sans fin des concepts aussi sommaires que vides de sens – tel « le Progrès » indéfini – ces gens d’appareil, de pouvoir et d’argent, pensent soulever les masses populaires ; mais, en vérité, le peuple en lui-même se trouve dupé par des politiciens et des élites avides de carrières. Des discours, des mots, toujours des mots, qui concrètement jettent les pauvres gens dans la déréliction : le peuple y perd progressivement tout, patrie, nation, famille, travail, amis, solidarités. Au profit de qui ?

Et au service de quoi ? Selon la phraséologie ordinaire, « le parti de demain » ne doit-il pas toujours l’emporter sur « le parti d’hier » ? Mais cette rhétorique est celle même de la finance apatride et du capitalisme mondialisé ! N’est-ce pas sur les lois dites « sociétales » – on l’a constaté encore dernièrement – que la rencontre et la complicité des deux pôles du socialo-libéralisme est la plus évidente ?

Ce livre si éclairant, quoi qu’on pense par ailleurs au sujet des notions mêmes de capital et de capitalisme, semble comme destiné à Macron qui prétend sortir du monde politicien – ni gauche, ni droite – et qui en est, en fait, le dernier avatar ! Mais, tout aussi bien, il vise tous les autres, de gauche comme de droite. Un peu de lumière vraie dans tant de fausses dialectiques !

Reste que le monde est en train de bouger. Et « la bougite » chère à la culture de gauche et au capitalisme financier est prise en défaut. « Le changement, c’est maintenant », le slogan de campagne de François Hollande, si stupide par ailleurs, pourrait recouvrir une tout autre réalité. À l’image de ce qui se passe un peu partout. Quoi que fasse Donald Trump, les Américains ont décidé d’être américains « d’abord ». Et il est probable que ce sera aussi classique que surprenant. Pareillement l’Angleterre de Theresa May.

Et de même pour la Russie de Poutine. Quand Xi Jinping au Forum de Davos se fait le chantre du libre-échange, c’est qu’il défend la Chine éternelle. L’Europe n’échappera pas à ce mouvement. Et la France ? C’est le sens du dossier que présente en ce début d’année 2017 Politique magazine. La nation France n’est pas morte. À elle de se réveiller. Dans la ligne de son histoire.

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Publié dans : Editoriaux

A propos de l'auteur:

Directeur de la publication de Politique magazine et de la Nouvelle revue universelle

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