François Saint Bris :  » Nous ne pouvons compter que sur nous-même ! « 

François Saint Bris Site

Propriétaire du château de Clos Lucé avec ses frères et sœurs, François Saint Bris en dirige l’activité depuis 2004. Une affaire de famille, au cœur d’un secteur touristique mondialisé devenu fortement concurrentiel…

Comment s’organise une entreprise familiale comme le Clos Lucé ?

Avec mon frère Jean, nous avons souhaité professionnaliser l’œuvre conduite par nos parents pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui, le Clos Lucé emploie 65 personnes en pleine saison et accueille 361 000 visiteurs par an, dont 35 % d’étrangers, ce qui en fait le troisième site le plus visité du Val de Loire. Nous l’avons constitué en SCI et SAS, chargée d’exploiter le domaine à travers une offre globale, qui va de la restauration aux expositions, en passant par les boutiques, ou le tourisme d’affaires… Pendant plusieurs années, nous avons pu bénéficier de subventions dans le cadre des restaurations, mais étant donné l’état des finances de nos gouvernements, nous n’y avons plus accès et devons fonctionner totalement sur fonds propres. Sur un chiffre d’affaire de 5,7 millions d’euros, la billetterie représente donc 65 % et les services associés, le reste… Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour nous développer !

On sait les réticences de l’Etat à faire confiance au secteur privé dans le domaine culturel… Quels sont vos rapports mutuels ?

Je pense que les barrières sont tombées depuis près d’une décennie. Les entreprises privées développent avec dynamisme des initiatives, et si les référencements scientifiques sont de bonne qualité, les institutions sont prêtes à les accompagner. Dans cette perspective, nous avons créé un comité de chercheurs et d’experts de Léonard de Vinci, présidé par Carlo Pedretti, l’un des plus éminents spécialistes de son œuvre, qui nous permet d’établir des liens avec des acteurs tels que le Louvre ou le Centre de recherche et de restauration des musées de France. Cette année, par exemple, nous avons bénéficié du plusieurs prêts exceptionnels émanant de la sphère publique : un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Naples présenté dans notre actuelle exposition, le journal de voyage d’Antonio de Beatis, secrétaire du cardinal d’Aragon, ou encore une Sainte Anne du musée de Chambéry, prêtée pour 5 ans contre restauration. Une coopération privé-public est donc possible à condition de donner des gages de confiance aux institutions.

Quelle stratégie adoptez-vous pour faire face à une concurrence internationale grandissante ?

Depuis 1995, les châteaux de la Loire ont perdu 20 à 30 % de leurs visiteurs. Alors qu’ils jouissaient d’une réputation mondiale, ils se sont retrouvés en concurrence avec des centaines de nouvelles destinations. Les états-Unis, mais aussi la Chine ambitionnent de développer fortement cette industrie, sans parler de l’émergence récente des pays de l’Est. Cette surenchère complique le sort du Val de Loire, qui n’est pas compétitif. Du coup, les châteaux, qui se sont longtemps regardés en chien de faïence, travaillent aujourd’hui ensemble pour renforcer l’identité du lieu en tant que destination. Cette concurrence nous oblige à monter sans cesse de nouveaux projets. Après les ateliers de Léonard, le Clos Lucé, va ouvrir à l’horizon 2020, un centre international d’interprétation sur Léonard de Vinci, la Renaissance et le XXIe siècle.

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Publié dans : Culture, Les immanquables

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Journaliste

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