fatale attraction

Gosselies 09/06/2015  Illustration picture shows euros and stock exchange on the web/Credit:Sierakowski/ISOPIX/SIPA/1507301318

EY vient de publier son Baromètre annuel sur l’attractivité de la France. A peine mentionné par les médias, qui ont bien d’autres chats à fouetter (curieuse expression dont l’interdiction sera bientôt demandée par l’association L 214), il mérite qu’on s’y arrête. Loin des cocoricos habituels d’une administration économique auto-satisfaite, loin aussi du syndrome de l’enfant sauvage – qui trouve son environnement parfait et la civilisation repoussante – la firme pluridisciplinaire dresse un constat alarmant sur la situation réelle du pays : celle qu’analysent les décideurs internationaux lorsqu’ils choisissent le lieu d’implantation de leur activité en Europe. On ne cesse de vanter l’éducation, les infrastructures et la productivité de l’hexagone mais ce ne sont que des facteurs parmi d’autres qui entrent dans l’équation décisionnelle. Lorsqu’ils sont insuffisants pour contrebalancer des paramètres plus cruels et qui aboutissent à un autre choix de localisation, ce ne sont plus que des slogans d’une propagande hors sol. Lisons le rapport et imaginons son commentaire officiel, ce n’est pas très difficile : « avec un nombre de projets d’implantation en retrait de 2 % en 2015, la France enregistre la seule et unique baisse parmi le Top 15 européen » : singularité temporaire, sûrement.  « Seuls 24% des répondants envisagent d’implanter ou d’étendre des activités en France en 2016, un chiffre en nette diminution par rapport à l’année passée (-11 points) » : l’échantillon était-il vraiment représentatif ? Ces chiffres ne comportent-ils pas des erreurs comme il en survient quelquefois dans nos propres instituts lorsqu’il s’agit de dénombrer les chômeurs ? « 72% des décideurs internationaux jugent la fiscalité française peu ou pas du tout attractive et notre niveau de charges sociales est regretté par 73% d’entre eux » : ces regrets sont injustifiés quand on voit la qualité des services publics français, le modèle social remarquable que le monde entier (y compris le Venezuela) nous envie. Mais la conclusion s’impose : « au sein de la galaxie européenne, la planète France paraît plus que jamais – cette année et sur la décennie – flotter en apesanteur, distancée par les fusées Royaume-Uni / Allemagne » : c’est donc « sur la décennie » que ça va mal. Bonne nouvelle ! Il y a bien d’autres responsables… En effet.
On s’efforce néanmoins de réformer l’économie. On ne compte plus les mesures prises pour « moderniser » celle-ci sans se rendre compte que les entreprises s’adaptent nécessairement elles-mêmes, sans mesure d’incitation particulière. Il faut juste leur laisser la paix. En revanche, il serait justifié que l’Etat, au lieu de s’occuper des autres, s’occupe de lui-même. On n’entend plus parler de sa réforme. Des paquets de mesures ont été annoncés mais on n’en voit guère l’impact sur les prélèvements obligatoires qui plombent l’attractivité française. Parmi les grandes mesures de simplification annoncées figure le régime des décisions implicites (loi du 12 novembre 2013). A la règle « le silence gardé pendant deux mois vaut rejet », il a été décidé de substituer la règle « le silence vaut acceptation ». Mais les exceptions adoptées sont si nombreuses (plusieurs milliers) qu’aujourd’hui la règle s’énonce en réalité comme suit : « le silence gardé pendant un délai variable vaut rejet ou acceptation selon les cas ». Il faut maintenant un guide (voir « Bibliographie » ci-dessous) pour s’y retrouver. La compétitivité, c’est aussi la vraie simplification, celle que l’on attend toujours et qu’une administration soucieuse de sa propre pérennité ne commence jamais.

 

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Publié dans : Tribune

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